La chaleur combinée à une forte hygrométrie crée un inconfort important pour les vaches laitières. « L’indicateur THI qui combine température et taux d’humidité de l’air prévoit des zones rouges prolongées pour le secteur d’Alençon dans l’Orne les prochains jours (voir le graphique), indiquent François Normand et Émilie Poyard, experts en bâtiment à Elvup. La tension devrait être forte en cette fin de semaine, car il n’y aura pas de répit lors des deux prochaines nuits. Les prévisions du THI s’affichent au-dessus du seuil de 68 du 17 juin 2022 à 12 h jusqu’au 20 juin à minuit. »

Sans adaptation dans le bâtiment et au pâturage la baisse de la production laitière peut dégringoler de 13 kg par vache et par jour

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Masquer les translucides

Dans l’urgence, limiter le rayonnement sur les animaux dans la stabulation et soigner l’abreuvement sont les deux priorités à mettre en place. « Il faut masquer la lumière qui pénètre par les translucides, indiquent François Normand et Emilie Poyard. Des bâches ou des plaques en fibro peuvent être installées en prenant les mesures de sécurité qui s’imposent. »

À la pâture, les parcelles les plus ombragées en fond de vallée sont à privilégier. « Des zones d’ombre peuvent être aménagées en plantant un poteau (type téléphonique) équipé de tige métallique pour étendre une bâche, ajoutent-ils. C’est une installation éprouvée par les éleveurs laitiers à l’étranger qui doivent affronter les fortes températures depuis plus longtemps que nous. »

Une vache peut boire plus de 180 l/jour

« Le besoin en eau pour les vaches augmente et peut grimper jusqu’à plus de 180 litres/VL pour les plus fortes productrices, insistent les experts. L’accès à l’abreuvoir est donc essentiel. Les recommandations de longueur d’abreuvoir s’affichent autour de 10 cm/VL. » Des abreuvoirs d’appoint peuvent être ajoutés.

« L’installation pour l’abreuvement doit bénéficier d’un débit suffisant car les vaches boivent souvent en même temps. Au pâturage, la réserve doit être suffisante et accessible pour l’ensemble de l’effectif, sinon certains animaux repartent sans avoir pu boire. »

L’amélioration de l’effet vent dans la stabulation en ouvrant les portes, fait également partie des préconisations. « Attention à ne pas faire rentrer les rayons du soleil dans le bâtiment », préviennent cependant les experts.

Attention enfin au rafraîchissement des animaux par aspersion. « L’opération doit être maîtrisée, insistent-ils. Cette solution est efficace que si les animaux sèchent rapidement. La mamelle et le couchage doivent rester secs. »

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Revoir ses pratiques

L’adaptation de ses pratiques peut être une solution à envisager également. Lorsque l’ombre est réduite au pâturage par exemple, il est peut-être judicieux d’alimenter les vaches dans le bâtiment pendant la journée et de prévoir la pâture pendant la nuit. « Les animaux ne mangent plus pendant les périodes les plus chaudes de la journée. Ainsi au lieu de distribuer la ration le matin, il peut être intéressant de décaler la distribution de la ration au soir, voire de la fractionner, poursuivent les experts.

« La complémentation en CMV mérite aussi d’être revue à la hausse, car à cause du phénomène de régulation, les vaches éliminent plus d’eau et d’oligo-éléments. L’ajout d’eau dans le bol de la mélangeuse (1 à 5 litres/vache) peut favoriser l’ingestion de la ration tout en comblant légèrement les besoins en eau, détaillent les experts. L’attaque du silo est parfois desséchée par les rayons solaires. Laisser tomber la bâche sur l’avant du silo est également conseillé tout comme la reconcentration de la ration contrairement aux idées reçues. La diminution des fibres dans le régime diminue la rumination et réduit ainsi le stress thermique. »

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Marie-France Malterre