Les opérateurs restent encore très prudents. Il n’empêche : les rendements des betteraves s’annoncent catastrophiques dans les zones touchées de plein fouet par la jaunisse virale, faisant suite aux attaques de pucerons au printemps.

Cette crise sanitaire est amplifiée par la sécheresse persistante des derniers mois. « Les betteraves ne poussent plus ! », lance un responsable sucrier. 100 % des parcelles sont généralement contaminées, mais elles sont touchées à des degrés différents. Les résultats peuvent aller ainsi du simple au double selon les parcelles et les régions.

De 40 à 50 t/ha à 16° dans les zones les plus touchées

Au sud de Paris, zone la plus impactée, les rendements ne devraient pas dépasser 40-50 t/ha à 16°, voire moins. Certains hésitent même à arracher. L’Aube et le sud de la Marne sont aussi fortement touchés.

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Plus on remonte vers le nord, moins la pression jaunisse est forte : les rendements s’annoncent meilleurs, entre 70 et 90 t/ha en moyenne, même si certains planteurs seront en dessous. En Picardie, Saint Louis sucre anticipe ainsi un résultat d’environ 80 t/ha à 16° pour son usine de Roye.

Dans la Seine-Maritime, les 100 t/ha pourraient être atteints. « D’habitude, c’est le secteur le plus sensible à la jaunisse car les attaques de pucerons démarrent par là. Cette année, ils ont attaqué par le sud », explique Olivier de Bohan, président de Cristal Union.

Chez Tereos, le rendement moyen du groupe est annoncé à 79,5 t/ha à 16°, en baisse par rapport à la moyenne quinquennale. La production annuelle est estimée à plus de 16 millions de tonnes.

Réduction de la durée de campagne sucrière

La durée de fonctionnement des sucreries va mécaniquement être réduite, avec moins de matière première à travailler, avec la crainte de ne pas pouvoir transformer correctement en sucre les betteraves fortement touchées par la jaunisse.

« En moyenne sur le groupe Cristal Union, elle devrait être inférieure à 100 jours, signale Olivier de Bohan. Et elle ne sera que de 75 jours dans nos usines au sud de Paris. »

À l’usine de Roye (Somme), Saint Louis sucre annonce 118 jours de fonctionnement en Picardie, contre 130 jours les autres années. De son côté, Tereos table sur 110 jours environ en moyenne.

Planning décalé ou prime conjoncturelle

Dans ce contexte, les groupes sucriers s’adaptent : Saint Louis sucre propose ainsi aux « planteurs dont l’enlèvement des betteraves se situe au quatrième tour et qui auraient connu des conditions climatiques plus favorables cette année », la possibilité d’anticiper leur arrachage.

Objectif : « mettre à disposition tout ou partie de leurs betteraves du quatrième tour (300 t au minimum) au cours des tout premiers jours de campagne. » […] « Cela devrait permettre de décaler de cinq à sept jours le planning pour ceux qui ont été davantage touchés afin de pouvoir un peu gagner en rendement et en richesse », détaille Thomas Nuytten, directeur betteravier chez Saint-Louis sucre.

La coopérative Cristal Union prévoit, quant à elle, une « prime conjoncturelle » de 1 €/t qui s’ajoute au prix de base de 24 €/t, sur les derniers 25 % de betteraves livrées. Par exemple, pour 1 000 t engagées, si le planteur ne récolte que 600 t, il percevra 25 €/t (24 +1 €/t) sur 150 t (600 x 25 %) et 24 €/t sur 450 t.

Isabelle Escoffier