En 2018, 9 700 tonnes (t) de glyphosate ont été achetées en France, contre 8 800 t en 2017. C’est un des chiffres avancé par le CGDD (Commissariat général au développement durable), dans son état des lieux des ventes et des achats de produits phytosanitaires en France en 2018, publié le 14 mai 2020. Ce rapport porte une attention toute particulière au glyphosate. Il rappelle qu’il s’agit de « l’herbicide le plus utilisé dans le monde avec plus de 800 000 de tonnes vendues en 2014 ».

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Le glyphosate, deuxième substance active la plus vendue

Au niveau français sur la période de 2009 à 2018, le glyphosate est également l’herbicide le plus vendu « parmi les 122 substances actives à usage herbicide », souligne le CGDD. Depuis 2015, il représente en effet 29 % des ventes totales d’herbicides en France.

Dans l’Hexagone, le glyphosate représente 12 % des ventes de substances actives sur la période de 2016 à 2018. Il se place en deuxième position après le soufre, utilisé en agriculture conventionnelle et biologique à hauteur de 14 151 tonnes.

En se basant sur des moyennes triennales, pour « lisser les effets climatiques et de stockage dans les exploitations agricoles », le CGDD note que les ventes de glyphosate ont augmenté de 25 % entre les périodes 2009-2011 et 2016-2018.

Évolution des ventes de glyphosate et d’herbicides en France entre 2009 et 2018. © CGDD

Le CGDD explique ce recours accru au glyphosate pendant cette période par « la généralisation de l’implantation de couverts végétaux en intercultures (pour limiter la pollution des eaux par les nitrates) qu’il convient de supprimer avant le semis des cultures principales ou par la montée en puissance de l’agriculture de conservation (permettant de préserver la qualité des sols) ».

En moyenne, 0,32 kg/ha

« Rapportée à la SAU (surface agricole utile), la moyenne nationale des achats de glyphosate sur la période 2016-2018 est de 0,32 kg par ha, contre 0,30 kg par ha sur la période 2015-2017 », détaille le CGDD (1).

Les achats de glyphosate sont répartis de façon hétérogène sur le territoire national, puisque plus de la moitié d’entre eux, entre 2016 et 2018, sont concentrés dans un quart des départements français.

Dans le cas des usages agricoles, il s’agit bien d’achats. L’acheteur est tenu de déclarer le code postal de son siège d’exploitation (lieu de facturation). Cette information ne permet pas de connaître précisément le lieu ou la période d’application des produits achetés. Les parcelles exploitées peuvent être situées dans des communes ayant un autre code postal et les produits peuvent être stockés.

Avec 292 tonnes de glyphosate achetées, la Charente-Maritime est le département totalisant la plus grande quantité de glyphosate achetée. Rapportés à la SAU, les achats de ce département s’élèvent à 0,68 kg/ha.

Achats de glyphosate par département (moyenne triennale). © CGDD

« Les achats moyens les plus faibles s’observent dans les départements ayant peu de surfaces agricoles ou dont la surface agricole est composée de productions peu traitées, comme les prairies permanentes », observe le CGDD (1).

Ainsi, dans le top 5 des départements acheteurs « par hectare » entre 2026 et 2018, on retrouve :

  • La Gironde avec 1,06 kg/ha, (256 t achetées) ;
  • L’Hérault avec plus de 0,80 kg/ha (181 t) ;
  • Le Vaucluse (107 t) ;
  • Le Gard (154 t) ;
  • Le Var (57 t).

© CGDD

Par (ancienne) région, rapportées aux surfaces agricoles, les ventes d’herbicides les plus élevées sont en Champagne-Ardenne : 2,52 kg par ha en 2018 (3 800 t pour 1,5 million d’hectares de SAU), contre 2,09 kg/ha en 2017.

Quantité d’herbicides, dont le glyphosate, vendues par région. © CGDD

Entre 1 000 et 2 000 g/ha en agriculture

Le rapport du CGDD se penche également sur les différentes utilisations du glyphosate en France. Concernant les usages agricoles (2), les quantités de glyphosate varient :

  • Entre 400 et 1 000 g/ha pour les cultures fruitières et la vigne ;
  • Entre 100 et 250 g/ha pour les grandes cultures ;
  • Entre 2 et 100 g/ha pour les cultures maraîchères et les betteraves sucrières.

« Il importe toutefois de signaler que ces chiffres n’intègrent pas toujours les traitements de glyphosate en intercultures, notamment les destructions des chaumes et des cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) qui sont les principaux usages en grandes cultures », indique le CGDD.

Les cimetières et les terrains de sport minéralisé autorisés à utiliser le glyphosate

Mais l’herbicide n’est pas seulement utilisé en agriculture. Jusqu’en janvier 2017, les personnes publiques pouvaient en effet utiliser le glyphosate, pour l’entretien des espaces verts par exemple.

Certains espaces ne sont pas visés par cette interdiction, comme ceux « gérés par des structures privées, ceux gérés par des structures publiques dont l’accès est fermé au public ou encore les espaces publics qui ne sont pas considérés comme des espaces verts (notamment la plupart des cimetières, ainsi que les terrains de sport minéralisés) ». Depuis le 1er janvier 2019, les particuliers ont eu aussi l’interdiction d’utiliser l’herbicide, ils ont donc pu en acheter jusqu’en 2018.

45,8 tonnes de glyphosate achetées par la SNCF en 2017

Les entreprises de voiries et la SNCF utilisent également le glyphosate. « En 2018, l’entretien de la végétation représente pour la SNCF une dépense d’environ 150 millions d’euros par an, dont 25 millions d’euros pour le désherbage des voies par traitement phytosanitaire », détaille le CGDD.

« La maîtrise de la végétation sur le réseau ferré national est effectuée sur environ 95 000 ha, dont 34 000 ha nécessitent un herbicide total », ajoute-t-il. En 2017, la SNCF a acheté 67 tonnes d’herbicide, dont 45,8 tonnes de glyphosate, « soit moins de 0,5 % des ventes totales de glyphosate en France », précise le CGDD.

Marie-Astrid Batut

(1) Le détail des ventes par département ou par région est obtenu grâce aux données de la BNV-D (Banque nationale des ventes réalisées par les distributeurs de produits phytopharmaceutiques). Elles permettent d’avoir une connaissance globale et fine des achats de glyphosate « au code postal de l’acheteur ». Dans le cas des usages agricoles, l’acheteur est tenu de déclarer le code postal de son siège d’exploitation (lieu de facturation). Cette information ne permet pas de connaître précisément le lieu ou la période d’application des produits achetés. Les parcelles exploitées peuvent être situées dans des communes ayant un autre code postal et les produits peuvent être stockés.

(2) Selon le rapport de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) sur les alternatives au glyphosate, publié en novembre 2017 et fondé sur les enquêtes sur les pratiques phytosanitaires en grandes cultures, arboriculture, maraîchage et viticulture (Agreste, MAA)