Les maraîchers craignent que la décision des autorités ne jette la suspicion sur une production qui fait vivre des milliers d’agriculteurs dans l’ouest de la France. « Il y aura beaucoup moins de mâche, de radis ou de poireaux » sur les étals à la saison prochaine, a ainsi alerté Philippe Retière, président de la Fédération des maraîchers nantais.

Utilisé avant d’y semer des fruits et légumes, le métam-sodium est à l’origine d’une série d’intoxications qui ont conduit le gouvernement à en suspendre l’utilisation jusqu’au 31 janvier 2019. Il n’est jamais appliqué directement sur des fruits ou légumes mais enfoui avant de lancer les cultures. « On ne stérilise pas le sol, c’est une désinfection superficielle sur dix centimètres », a expliqué Bertrand Redureau, maraîcher en agriculture biologique et conventionnelle dans la Loire-Atlantique.

Le climat, à l’origine des intoxications ?

Le métam-sodium « est une molécule qui ne laisse pas de résidus dans le sol. C’est une molécule intéressante, sauf lorsqu’il y a un incident », a encore expliqué Philippe Retière. Ce sont des manquements à la réglementation qui encadre le produit, couplés à un climat inhabituellement chaud et sec, qui auraient causé les plus de 70 intoxications signalées dans le Maine-et-Loire.

La suspension au niveau national est « une sage décision pour la santé des agriculteurs et des citoyens », ont réagi des députés de LREM des Pays de la Loire, dont Matthieu Orphelin, dans un communiqué. « Il faut maintenant accompagner les acteurs dans le déploiement rapide des alternatives existantes. »

En cas d’interdiction définitive, comme le réclament les ONG France Nature Environnement et Génération futures, Christian Durlin, vice-président de la commission de l’environnement de la FNSEA et agriculteur dans le Pas-de-Calais, craint une nouvelle « distorsion » de concurrence avec les agricultures des pays voisins de la France.

« Un chantage à l’emploi » pour la Confédération paysanne

Le maraîchage représente 60 % des emplois agricoles de la Loire-Atlantique, soit 4 600 emplois. Plus de la moitié de la mâche produite dans l’Union européenne (35 000 tonnes par an) est ainsi produite dans la région nantaise. « On ne dit pas que le métam-sodium est un produit anodin », a souligné Philippe Retière, mais « il n’y a aucune dangerosité pour les consommateurs ».

Dominique Deniaud, porte-parole de la Confédération paysanne, hostile à l’utilisation de ce produit, précise que cette substance ne laisse de traces ni dans le végétal, ni dans le sol. « Des problèmes avec ce produit-là, il y en a de très nombreux, c’est assez fréquent, mais c’est toujours tu », a néanmoins déclaré à l’AFP Dominique Deniaud. Il a évoqué « un vrai chantage à l’emploi des maraîchers ».

Des alternatives existent et sont déjà utilisées par les agriculteurs, mais les maraîchers insistent sur leurs contraintes. La solarisation, qui consiste à utiliser la chaleur du soleil pour désinfecter les sols, est ainsi limitée en raison du climat en Loire-Atlantique, tandis que la désinfection à la vapeur est très gourmande en temps et en carburant.

Avec l’AFP