Pour se rendre à « La ferme de Presles », à Prunay-en-Yvelines, il faut passer par des chemins de traverse. Cinq jours après les orages et la grêle du samedi 4 juin 2022, de nombreuses routes sont toujours inondées. C’est pourtant sur l’exploitation de Dominique Poyau que la trentaine d’agriculteurs des Yvelines victimes des intempéries a donné rendez-vous au ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, le jeudi 9 juin 2022 en début d’après-midi.

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« Une année morte »

Afin de ne pas salir son costume, le ministre a enfilé ses bottes pour constater les dégâts. Les parcelles attenantes à l’exploitation sont toutes détrempées et il est difficile d’y circuler sans s’enfoncer dans la boue. La grêle a aussi laissé des stigmates : blé et colza sont déchiquetés.

Cinq jours après les orages, les sols sont toujours détrempés. © M.-A. Batut

Ce sont en tout 5 000 hectares qui ont été touchés dans les Yvelines par ces intempéries que Marc Fesneau qualifie « d’extraordinaires ». Christophe Hillairet, président de la chambre d’agriculture de l’Île-de-France, explique que chez certains agriculteurs, ce sont plus de 80 % des cultures qui ont été touchées.

Il souligne que les experts sont encore sur le terrain pour faire l’inventaire des dégâts. Si le phénomène a été assez localisé, il a été très intense. Les exploitants les plus impactés craignent de voir leur rentabilité baisser drastiquement. « C’est une année morte », se désole Dominique Poyau.

Des craintes pour l’avenir

En plus de l’impact économique, l’impact psychologique est important. Le ministre a écouté les témoignages de quelques agriculteurs. C’est avec les larmes aux yeux et la gorge serrée que Nicolas Chaussier, agriculteur sur la ferme voisine, a raconté son histoire : de sa reprise de l’exploitation familiale en 2016, après une année déjà marquée par des intempéries exceptionnelles, à l’installation d’un atelier de fabrication de pâtes à la ferme.

Nicolas Chaussier, à gauche, a remis à Marc Fesneau, à droite, des photos des dégâts causés par la grêle sur son exploitation. © M.-A. Batut/GFA

« Quand je suis arrivé sur place pour constater les dégâts juste après les orages, c’était lunaire, je ne le souhaite à personne », se souvient l’agriculteur, qui vit à 15 km de son exploitation. « Cette année devait être l’année de la trésorerie record, de l’apothéose en six ans. J’avais réussi à avoir quelque chose de nickel. Je fais de l’agriculture pour transmettre », poursuit Nicolas Chaussier, gagné par l’émotion. Il craint que ses enfants ne soient pas la cinquième génération à s’installer sur cette exploitation.

Des mesures pour accompagner les agriculteurs

Après avoir écouté les agriculteurs, Marc Fesneau n’a pas manqué de préciser les mesures qui s’esquissaient pour accompagner les agriculteurs français victimes des intempéries. Si les dégâts sont toujours en phase d’évaluation, il explique que des leviers classiques comme le report des charges sociales et le dégrèvement de la TFNB devraient être activés. « Nous allons y travailler collectivement », a insisté le ministre.

À moyen terme, il explique que deux mécanismes sont susceptibles d’être déployés :

  • L’activation d’un fonds d’urgence,
  • L’extension aux grandes cultures du champ des calamités agricoles.

Toutefois, sur ces sujets, aucune décision n’a encore été prise. De plus, des dérogations pourront être accordées pour l’utilisation de certains produits phyto, pour le réensemencement (quand les sols le permettent), mais aussi pour lever l’obligation de récolte inscrite dans le règlement de la Pac.

Marc Fesneau a assuré qu’il s’entretiendrait avec les coopératives et les organismes stockeurs afin de faire en sorte que le poids des contrats engagés ne pèse pas trop lourd sur ceux qui ont perdu des récoltes. « Il faut faire marcher la solidarité des coopératives », a insisté le ministre.

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L’assurance pointée du doigt

Les agriculteurs présents ont largement évoqué le sujet de l’assurance récolte qu’ils jugent non adaptée à la situation. Une agricultrice a, par exemple, expliqué qu’ayant été victime d’intempéries au début de l’année, elle ne peut pas déclarer les dégâts causés par celles de juin 2022.

Il s’agit en plus d’une année de transition pour l’assurance. En effet, la loi instaurant le nouveau système d’assurance récolte a été votée en février 2022. Elle entrera en application en janvier 2023. Les contrats d’assurance pour l’année prochaine devraient être signés entre juillet et août 2022.

Le ministre de l’Agriculture a promis que les situations seraient évaluées au cas par cas afin d’accompagner tous les agriculteurs touchés. Christophe Hillairet lui a enfin demandé de prendre en compte les dysfonctionnements relevés cette année pour la rédaction des décrets d’application de la nouvelle loi sur la gestion des risques climatiques.

Marie-Astrid Batut