Lorsque Gautier Fihue s’est installé il y a six ans à Osmoy-Saint-Valery, en Seine-Maritime, il est parti d’une page blanche. Nouveau système, nouveau troupeau et, surtout, 70 hectares de pâtures à aménager. Si la configuration avait tout pour plaire avec un parcellaire groupé autour de l’étable, seuls 15 ha étaient jusqu’alors exploités en pâture. Afin d’utiliser l’herbe sur pied, « il fallait que je trouve une solution pour sortir les vaches le plus tôt possible », retrace l’éleveur.
Utiliser la craie locale
Les bovins ont de petites pattes par rapport à leur poids. Dans le cas d’une vache de 700 kg, chacun des huit onglons soutient près de 90 kg. Entre boiterie et salissement, il est difficile de prétendre au pâturage en conditions humides.
Le jeune installé a donc entrepris la création de chemins de pâturage, avec une base de matériaux calcaires qui ne manquent pas en Normandie. « Tous les agriculteurs savent où il y a de la marne dans leurs champs », décrit Gautier. Un trou de 7 m de profondeur a été creusé pour réaliser les 3,5 km de chemins. Il a ensuite été rebouché avec la terre décaissée. « La craie, c’est un choix économique pour réserver les cailloux à la couche de finition », explique-t-il.
Après avoir installé 30 à 40 cm de marne, l’éleveur a recouvert le chemin de 10 à 12 cm de cailloux, pour éviter l’érosion et assurer la pérennité de l’installation. « Certains font des chemins sans finition. Tout dépend de la teneur en argile du calcaire », précise-t-il. Son seul regret, ne pas avoir opté pour une finition plus fine : la couche de graviers du Boulonnais (granulométrie 0/90) a parfois tendance à se dégrader.
Les 3,5 km de chemins sont tous larges de 2,5 m. Ce dimensionnement suffit à ses 80 vaches laitières. Selon l’agriculteur, il est inutile de voir trop grand, car le passage des animaux entretient le chemin. « S’il n’y a pas de mouvement, il risque de s’enherber », prévient-il. La tentation de passer en tracteur est également moins grande. Pour fluidifier la sortie de bâtiment et facilement nettoyer les abords de l’élevage, les derniers mètres du chemin ont été bétonnés.
Bon rapport qualité prix
En 2017, cette installation revenait à 10 euros du mètre linéaire – sur 2,5 m de large –, soit un total de 35 000 euros. Côté matériaux, seuls les graves ont été achetées. Un bon compromis pour l’éleveur, qui ne se voyait pas bétonner ses parcelles : « Cela ne correspondait pas à l’idée que je me faisais du pâturage. » Sans compter que cette option aurait été trois fois plus onéreuse.
Six ans après, Gautier reste satisfait du choix des matériaux. « Je ne connais pas les boiteries », souligne-t-il. Et le chemin n’a pas bougé.