Quand « on parle d’un holocauste planétaire, vous répondez par bornage de téléphone. Mais à quel moment parle-t-on de justice ? », proteste la militante anti-élevage, Alizée Denis.

Sans foi, ni loi

C’est la même qui s’est introduite seule, dans la nuit du 27 au 28 août 2020, dans une exploitation de Plonévez-Porzay, dans le Finistère, pour y inscrire sur les murs des silos des inscriptions tel : « Ausch(w)itz­ n’a jamais fermé. » Aux côtés de huit activistes du même acabit, Alizée Denis, animatrice auprès d’en­fants, était jugée par le tribunal correctionnel du Mans, le 28 janvier, notamment pour « association de mal­fai­teurs ». Accusé d’une vingtaine d’in­frac­tions à l’encontre de quatorze agri­cul­teurs en particulier, le collectif, qui dé­ment en être un, a passé la journée à nier les faits et vomir sa haine de l’élevage.

« On peut s’attendre à tout, à n’importe quel moment, par des gens qui ne maîtrisent rien », observe Étienne Gangneron, vice-président de la FNSEA. Si le nombre d’intrusions des activistes animalistes dans les exploitations agricoles tend à se tasser après leur explosion en 2019 et 2020, certains collectifs se radicalisent. « Leur activité ne diminue pas. Ces groupes sont protéiformes, observe l’avocat Renaud Le Gunehec, représentant du syndicat majoritaire lors du procès du Mans. En réalité, on perçoit un noyau autour duquel ils se recomposent en permanence sous des “marques” différentes, avec cette même optique de recrutement, et des objectifs très inquiétants. Les mouvances les plus extrêmes à l’heure actuelle en France ne sont limitées que par leur manque de moyens et de recrues. »

Des collectifs en lien

La plupart des prévenus portaient le tee-shirt d’Animal1st, un collectif créé en 2019 par l’un d’eux, Vincent Aubry, déjà condamné à de la prison avec sursis. Au moment des faits, certains adhéraient à Boucherie abolition, d’après les carnets récupérés à leur domicile. Aucun n’a voulu y être associé durant le procès. Chez l’une des militantes, du matériel du collectif DxE a été retrouvé. Quels que soient leur mouvement et leurs liens, les plus extrémistes ont en commun d’établir un parallèle entre la façon dont l’homme traite les animaux d’élevage et la Shoah. « C’est le cœur de la pensée antispéciste, reprend l’avocat. Si l’on va au bout de leur logique, on comprend qu’ils peuvent être très violents. »

Vol d’animaux, dégradation de locaux, pressions psychologiques et physiques : « Ce sont les quatre modes d’action du répertoire activiste de la cause animale, décrypte Éric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement. Les ultra-radicaux accroissent la violence de leurs actions. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, ces groupes figurent sur la liste noire des organisations terroristes. »

Une jurisprudence naissante

En France, une jurisprudence se construit. Les récents procès, relevant pour la plupart d’infractions perpétuées en 2019 et 2020, aboutissent à des dénouements plus favorables aux éleveurs. Bien mis en balance, le droit de propriété prend le pas sur le droit d’informer. En témoigne la décision récente du tribunal de Beauvais, obtenue par l’avocat Jean-Pierre Depasse, dans une affaire mettant en cause l’intrusion sans autorisation de Vegan Impact dans un élevage de poules pondeuses, suivie par la diffusion d’une vidéo. Le droit de la presse n’est pas applicable, estime la justice qui a admis une violation du droit de propriété.

Quelques couacs subsistent en revanche comme l’annulation, le 2 février, par la Cour de cassation, de la condamnation de DxE face à un éleveur breton de porcs. « La cour d’appel de Rennes avait jugé que l’atteinte au droit de propriété n’avait pas à être mis en balance avec la liberté d’expression », note Me Renaud Guhenec. Depuis, comme à Beauvais, la cour d’appel de Rennes a affiné sa motivation, notamment dans un arrêt du 30 novembre qui condamne L214.

Étienne Gangneron craint toutefois une recrudescence d’actes militants à l’approche du Salon de l’agriculture. Il souligne aussi la lassitude des éleveurs : « Quels que soient leurs efforts, les associations de protection animale leur en demandent toujours plus. Même les welfaristes, à l’origine plus modérés, avec qui nous travaillions autrefois, se radicalisent, et signent par exemple des tribunes avec L214. Cette association a gagné une forme d’honorabilité en se désolidarisant des actes violents. Ce qui lui confère une sorte de statut de référent, alors qu’elle est la plus radicale. » Son credo demeure la fin de l’élevage, à commencer par celui qu’elle qualifie d’« industriel ». Et même si personne n’est capable d’en donner une définition, des candidats à la présidentielle s’en sont emparés les yeux fermés. Enfin, si la majorité des Français se positionnent en faveur du bien-être animal, comme aime à le répéter le militant et journaliste Hugo Clément, 20 à 30 % des œufs bio sont actuellement déclassés pour être vendus en conventionnel.

Rosanne Aries (avec A. Cœuru et M.-G. Miossec)