«Faire pâturer les vaches avec les robots, c’est plus simple qu’en traite classique. Les vaches font leur vie ! », lance Romain Chevrel. À condition de bien étudier son système. Lors de son installation en 2013, l’exploitation disposait déjà d’atouts pour le pâturage : un parcellaire regroupé autour des bâtiments. « J’ai toujours fonctionné avec un système basé sur l’herbe, explique René. Jusqu’en 2013, l’exploitation était en mesure agro-environnementale (MAE), qui imposait un plafond de 18 % de maïs dans la SFP, et le reste en herbe. » Il n’y avait donc qu’un pas à franchir vers l’agriculture biologique. « En 2016, nous avons lancé la conversion à la bio, et fait le choix de déléguer l’élevage des génisses (lire l’encadré ci-dessous). Début 2017, nous mettions en route les robots, pour gagner en souplesse dans l’organisation du travail. Tout s’est enchaîné. »

Afin d’organiser le pâturage, les éleveurs ont mis en place des paddocks équipés pour l’abreuvement (voir ci-dessus). « Les vaches circulent des paddocks de jour vers les paddocks de nuit, et inversement, en passant par la stabulation», expose Romain. Après la traite au robot, elles sont dirigées au pré grâce à la porte de pâturage. «À midi, toutes les vaches doivent avoir rejoint le paddock de jour, et je vais pousser les retardataires si nécessaire. Le soir, c’est l’inverse : les vaches doivent regagner le paddock de nuit avant18h30. » En période de pâturage, les vaches sont ainsi traites deux fois par jour, à chaque passage par la stabulation.

Conduite au fil avant

Le pilotage du pâturage est réalisé à l’aide d’un fil avant. « J’ai arpenté l’ensemble de mes parcelles avec un GPS, afin de connaître précisément leur surface », expose Romain. Car la conduite au fil ne s’improvise pas. « Je compte un are de pâturage par vache et par jour, dont 0,7 are en paddock de jour, et 0,3 are en paddock de nuit. Cela me sert de repère. Ensuite, j’avance le fil en fonction de la pousse de l’herbe. » Une technique qui nécessite un peu d’expérience. « S’il y a trop d’herbe devant les vaches, elles restent au pré, et je suis obligé d’aller les chercher pour qu’elles reviennent au robot. À l’inverse, si le fil n’est pas assez avancé, les vaches rentrent très vite au bâtiment. »

120 jours de pâturage seul par an

L’éleveur reconnaît toutefois des périodes de forte affluence au robot. « C’est parfois la queue, car il y a un effet de groupe quand les vaches se déplacent. Mais ce ne sont pas des animaux à 30 kg de lait par jour. Au regard de leur niveau de production, elles peuvent tolérer un certain temps d’attente. »

Avec cette organisation bien rodée, les éleveurs parviennent à faire pâturer leurs 100 vaches sans fourrage à l’auge pendant près de 120 jours. « La saison de pâturage s’étale de mars à novembre. Nous apportons de l’enrubannage de prairies multi-espèces à l’auge entre les mois de juillet et septembre pour pallier le déficit d’herbe. Mais dans l’ensemble, les conditions pédoclimatiques sont favorables à la pousse de l’herbe. » Le rendement des prairies pâturées est estimé entre 7 et 8 tonnes de matière sèche par hectare et par an.

S’agissant de l’aliment distribué aux robots, les éleveurs ont opté pour des fourrages déshydratés : maïs plante entière et trèfle violet sont au menu. « Le trèfle est distribué uniquement en hiver, à raison de 2 kg par vache et par jour. Pendant la saison de pâturage, les vaches reçoivent 1 à 5 kg de maïs au robot, selon leur niveau de production. » L’élevage enregistre un coût alimentaire moyen de 50 € pour mille litres sur l’année. « Il atteint près de 80 € quand les vaches sont en bâtiment l’hiver, et ne dépasse pas 20 € en pleine saison de pâturage. » Un système économe en intrants, mais aussi en temps. « Avancer les fils matin et soir me prend une demi-heure par jour, affirme Romain. Nous avons peu de matériel et nous déléguons la plupart des travaux des champs. À deux associés, cela nous laisse du temps libre. » Pour autant, l’ambition n’est pas d’agrandir le troupeau de vaches laitières. « Mon père partira en retraite dans six ans, confie Romain. J’embaucherai certainement un salarié après son départ, afin de maintenir une bonne qualité de vie. »