Les investissements directs à l’étranger devraient se contracter de 40 % dans le monde en 2020, et probablement de 10 % en 2021. Cette évolution concerne principalement la Chine. Avec 196 milliards de dollars en 2016, les investissements chinois à l’étranger avaient affolé les autorités, qui avaient réagi par des mesures de contrôle des capitaux pour les orienter vers des investissements indispensables au développement et à l’autosuffisance alimentaire. Les outils industriels et productifs français ont alors été sujets à convoitises, mais les investissements chinois sont loin d’avoir été tous des réussites.

Achat de terres agricoles

Les déboires de Kequin Hu, le patron de la multinationale Reward, consortium aux multiples activités, peut servir d’exemple. En 2016, le groupe avait acquis 1 700 hectares dans l’Indre, puis 900 hectares dans l’Allier, afin de fournir à la classe moyenne chinoise des baguettes de pain faites à partir de farine de blé « made in France », prévoyant rapidement l’ouverture de 1 500 boulangeries haut de gamme dans le pays. Il s’était intéressé aussi à la fabrication de lait infantile et avait investi dans la Drôme, dans la lavande. L’affaire a tourné court.

Selon le registre chinois des faillites, le groupe a déposé le bilan. Les terres agricoles restent en production, sans doute pour en faire un placement financier, mais les autres activités ont été suspendues. L’achat des terres agricoles par Reward avait cristallisé une panique sur l’envahissement de la France par les Chinois. Il n’y a pas eu vent d’autres investissements dans du foncier depuis. En revanche, les Britanniques, Belges et Néerlandais s’en donnent à cœur joie.

Lait infantile et tomates

Échec cuisant également dans le lait infantile, très stratégique pour l’empire du Milieu. Le groupe Synutra avait investi, en 2016, 170 millions d’euros dans un site industriel à Carhaix, dans le Finistère, avec une inauguration fastueuse, gage de longévité. Moins de deux ans plus tard, Sodiaal a repris les activités de production et les Chinois n’ont gardé que le conditionnement à destination de leur marché. Depuis le début de l’année 2020, l’activité chinoise est en grande difficulté et tourne au ralenti. Les experts parlent d’une forte dette envers la filiale de la coopérative française, Nutri Babig.

Dans la tomate, dix ans après sa prise de contrôle par le géant Chalkis, la coopérative agricole Le Cabanon a été placée en liquidation judiciaire, avant de retrouver un propriétaire européen, le portugais Unitom.

À l’exception des vignobles où, depuis cinq ans, les Chinois ont racheté plus d’une centaine de châteaux principalement dans le Bordelais, les investissements dans des outils productifs ne semblent pas toujours gage de stabilité, ni de pérennité. La crise du coronavirus risque fort d’accélérer ce type de situation, en France mais aussi partout dans le monde.

Christophe Dequidt