En France, deux féculeries sont encore en activités : celle de Roquette frères, à Vecquemont (Somme), et celle de Tereos, à Haussimont (Marne). Or, les difficultés accumulées ces deux dernières années par la filière féculière mettent en danger leur maintien. Chute des prix de la fécule avec la crise du Covid, rendements en berne à cause des aléas climatiques, hausse des coûts de production liée à la guerre en Ukraine, compétition avec des cultures plus rémunératrices comme les céréales.... "La situation actuelle rend la production de pommes de terre féculières moins attractive et plus risquée, et ce malgré les hausses des prix de contrats annoncées par nos deux industriels pour cette campagne et celle à venir." C'est le message d'alerte que lance le GIPT (1) dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, le 18 janvier 2023, et diffusée à la presse ce 24 janvier.

Baisse drastique des surfaces

En témoignent les surfaces emblavées : 20 270hectares en 2022, contre 23 055 hectaresen 2021. "Nous anticipons 17 000 hectares en 2023 et les dénonciations actuelles de contrats pourraient annoncer moins de 15 500 hectares plantés en avril 2024. Cette baisse drastique ne permettra pas d’alimenter les deux usines. Le risque de fermeture de l’une et/ou l’autre des deux dernières féculeries françaises est donc bien réel", s'alarme le GIPT. L'interprofession affirme avoir sensibilisé le ministre de l'Agriculture sur le sujet il y a plus d'un an. Cependant, "aucune mesure envisagée ne permet aujourd'hui d'inverser cette tendance mortifère en donnant un signal fort aux producteurs", déplore-t-elle.

Une aide similaire accordée en 2014

Pour redresser la situation et maintenir les capacités de production, le GIPT demande un système d'aides exceptionnelles aux planteurs, qu'il évalue à "500 euros par hectare de pommes de terre féculières". Cela représenterait une enveloppe globale de 8 à 9 millions d'euros par an pour 2023 et 2024. "Dans une situation assez similaire, une aide de ce type avait été accordée à la filière en 2014 et avait permis un redressement spectaculaire des surfaces emblavées", rappelle l'interprofession.

Le GIPT rappelle par ailleurs que la balance commerciale de la filière féculière est positive, avec 70 % de la production française exportée. "Cette industrie est ainsi la seule à base de pommes de terre qui soit exportatrice nette, insiste le GIPT. À l’heure de la reconnaissance de la souveraineté alimentaire en tant qu’axe stratégique pour notre pays, la filière risque donc de rejoindre les autres secteurs industriels de la pomme de terre (frites surgelées, chips, purée…) tous structurellement déficitaires. Car les besoins en fécule, quant à eux, demeurent : ce qui ne sera plus produit sur notre territoire sera importé."

(1) Groupement interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre.