Un matin, mon mari a vu quatre sangliers couper le troupeau en deux. Ils s'en sont pris à une brebis en lui arrachant le pis. Puis à un agneau, qu'ils ont étripé. ' Annette et René Guilbot ont été confrontés à ce problème de sangliers attaquant leur cheptel depuis septembre 2001. Au total, ils y ont perdu presque une centaine de brebis et d'agneaux. Les tueries se sont aussi produites chez des voisins. En un an et demi, 230 brebis ont ainsi été massacrées autour de Saint-Léomer, dans la Vienne.

Le phénomène est exceptionnel, mais cependant connu, même si on manque d'explications sur son apparition. Dans la Vienne, plusieurs des sangliers concernés étaient en fait croisés avec des porcs domestiques, ce qui générerait des comportements anormaux.

En janvier dernier, quinze brebis ont été tuées en une dizaine de jours. Les éleveurs se sont lassés de trouver leurs animaux éventrés. René Guilbot a même été attaqué deux fois par des sangliers alors qu'il faisait la tournée de ses parcelles. Les moutonniers ont demandé qu'une solution soit trouvée au problème. A l'initiative de la DDAF, des réunions ont été organisées avec les chasseurs, certains relevant de l'ACCA, d'autres propriétaires de chasses privées. Avec des conflits entre les deux parties, qui étaient probablement l'une des causes de la prolifération des sangliers dans la mesure où les tensions empêchaient une bonne gestion des animaux présents.

Deux battues et des tirs de nuit ont été organisés, ' mais cela s'est révélé insuffisant ', commente Jean-Marie Seillan, directeur départemental de l'agriculture de la Vienne. Une injonction a donc été lancée aux chasseurs des deux camps pour qu'ils chassent ensemble, sous peine de voir lancer des battues administratives. Finalement, sur toute la saison de chasse, ce sont quelque 150 sangliers qui ont ainsi été éliminés. ' Depuis, nous sommes plus tranquilles ', se réjouit Annette Guilbot.

Reste un problème à résoudre, celui des indemnisations. Les deux éleveurs les plus touchés, qui ont perdu plus de 200 animaux à eux deux, estiment leurs pertes à 40 000 ? (260 000 F). Mais on se trouve ici dans un vide juridique. Les dégâts des sangliers sur les cultures sont pris en charge par les fédérations de chasseurs. Ceux des loups ou des ours, espèces protégées, sur des moutons par l'Etat. Mais le sanglier n'est pas une espèce protégée et le mouton n'est pas une culture, donc la loi n'a rien prévu dans ce cas précis. Des négociations sont cependant en cours entre les éleveurs touchés et la fédération départementale des chasseurs pour trouver un compromis.

Incidence sur la PCO

Non seulement les brebis tuées par des sangliers ne donnent pas lieu à indemnisation, mais encore le cheptel des éleveurs touchés s'est trouvé réduit au moment des déclarations sur la prime compensatoire ovine. Ce qui génère là encore un manque à gagner qui ne sera pas non plus pris en charge. ..