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Dossier Les pays tiers : un marché à fort potentiel mais semé d’embûches

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Généralement, les cargos bétaillers à destination des pays tiers se composent de 2/3 de broutards et 1/3 de génisses laitières. © © Pascal PARROT

S’ils constituent une voie pour s’émanciper de l’Italie, les pays tiers restent un débouché aux multiples défis.

«Nous étions bien conscients que si nous voulions maintenir les effectifs bovins sur notre territoire, il fallait trouver des débouchés aux animaux que nous n’étions pas en mesure de placer sur le marché italien », relève Hervé Chapelle, directeur de Bévimac Centre Sud, lorsqu’il évoque le tournant stratégique pris par l’union des coopératives en 2015. Partis de zéro il y a six ans, leurs exportations de broutards vers l’Algérie représentent, en 2020, 25 % de leurs débouchés pour cette catégorie.

Car la demande émanant du pourtour sud et est de la Méditerranée est active. « C’est un marché qui a explosé en l’espace de dix ans, boosté par la croissance démographique », conforte Benoît Albinet, directeur commercial de Deltragro Export. « La maîtrise des conditions d’abattage pour des considérations religieuses, les difficultés logistiques liées à la chaîne du froid et la volonté d’engraisser sur place pour faire tourner l’économie locale sont autant de raisons qui poussent les pays tiers à maintenir leurs achats en vif », expose Michel Fénéon, directeur administratif et financier d’Eurofeder. La valorisation du cinquième quartier incite aussi les opérateurs à importer la viande sur pied.

Forte volatilité

Pour la filière française, « ces débouchés sont essentiels pour l’équilibre de la filière », reprend Benoît Albinet. En effet, les exportations à destination des pays tiers se composent essentiellement de mâles pour l’engraissement. La dynamique de prix, bien qu’elle fluctue au cours de l’année, est également attractive­. « Sur l’Algérie, les tarifs sont supérieurs de 15 cts/kg vif en comparaison à l’Italie », estime l’opérateur. « La plus-value captée sur ce marché pour un éleveur­ de la zone aveyronnaise s’établit­ à une quarantaine d’euros par tête par rapport au débouché traditionnel italien », calcule Hervé Chapelle, qui souligne la notoriété montante de la race aubrac.

Pour autant, la volatilité de ces marchés, dont les frontières peuvent vite se refermer au gré des aléas politiques, économiques ou sanitaires, reste une préoccupation majeure. En décembre 2020, l’Algérie a suspendu l’importation des génisses laitières françaises, venant compliquer la préparation des bateaux. Les structures d’exportation ont aussi à endosser des frais importants relatifs aux contrôles sanitaires des bovins avant le départ. De même, « les expéditions exigent rigueur et planification quand l’unité de mesure devient le bateau, les plus petits équivalant à vingt camions », note Hervé Chapelle. Enfin, « la montée en puissance des préoccupations liées au bien-être animal laisse planer l’éventualité d’une restriction des exportations d’animaux vivants via les voies maritimes », rappelle Benoît Albinet.

Baisse du pouvoir d’achat

Cumulés sur 2020, les envois français de bovins vifs sur les pays tiers ont totalisé 66 000 têtes, soit 10 % de moins qu’en 2019, une année record. « Avec la crise de la Covid-19, le pouvoir d’achat des ménages a pris un coup », relate Benoît Albinet. La baisse du tourisme et les confinements prolongés ont également impacté la consommation domestique. « En 2019, les broutards pour l’Algérie se négociaient autour de 2,65 €/kg vif. Sur l’automne 2020, nous n’avons pas pu aller au-delà de
2,52 €/kg vif, étant donné la perte de valeur de 20 % du dinar algérien par rapport à l’euro », explique Hervé Chapelle.
Autre difficulté, le nouveau cahier des charges imposé par les autorités algériennes, limitant le poids des animaux à 450 kg et l’âge à 14 mois. « Dans les zones rustiques, où les vêlages sont majoritairement concentrés de début décembre à fin février, c’est un réel handicap. »

Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

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