Comment se développent les techniques de sélection dans le monde ?

Nous avons réalisé une étude (1) dont l’objectif était d’identifier les produits commercialisés ou en développement issus des biotechnologies végétales depuis 2015. Elle concerne la transgénèse classique et les nouvelles techniques de sélection, NBT, telles que l’édition de gènes basée sur le système Crispr-Cas. Nous avons aussi examiné les brevets, car cela permet de voir ce qu’il va se passer à l’avenir. En général, quand on en dépose un, il y a forcément une application derrière. Il ressort de cette étude que la Chine et son secteur public sont en tête des dépôts de brevets, surtout avec Crispr-Cas, devant les États-Unis et l’Argentine notamment, puis très loin derrière on trouve l’Europe. Les Américains ont déjà déposé plusieurs produits

– soja tolérant à la sécheresse, blé enrichi en fibres… –, la Chine pas encore. Ces données indiquent que les environnements réglementaires découragent l’innovation, comme c’est le cas en Europe, ou la favorisent.

Les NBT vont-elles remplacer la transgénèse classique ?

Les techniques d’édition de gènes sont un complément à la transgénèse, dont l’utilisation n’est pas en déclin, plutôt qu’un remplacement. La transgénèse permet d’importer le gène d’intérêt et le système Crispr-Cas permet de l’insérer dans le génome. Toutefois, on observe une forte augmentation des produits issus des nouvelles techniques en 2020, et cela devrait continuer.

L’édition de gènes favorise l’émergence de nouvelles entreprises, si bien que par rapport à la transgénèse, elle s’applique à de nouvelles plantes cultivées (blé, tomate, pois, cameline, millet, fraises…) et à d’autres, jusqu’ici améliorées par transgénèse (colza, maïs, pomme de terre, soja, orge…). Les NBT sont ciblées surtout sur des caractères agronomiques – rendement, structure de la plante, résistance à la sécheresse, à la salinité… – et nutritionnels. Elles apportent davantage de précisions que la transgenèse classique, et sont moins chères.

Des discussions ont commencé pour faire évoluer la directive européenne sur les OGM. Qu’en pensez-vous ?

La Cour européenne de justice et le Conseil d’État français ont décidé que toutes les techniques qui étaient postérieures à la directive 2001/18 étaient classées comme celles de la transgénèse, dans le sens où ce sont des techniques aboutissant à faire des OGM, ce qui équivaut à une interdiction implicite. Je ne crois pas que la réglementation européenne évoluera rapidement. La présidence française à l’UE au 1er janvier 2022 ne pourra pas, en six mois, peser sur la directive 2001/18 pour qu’elle bouge, même si la position du gouvernement en faveur des NBT est notable. Pendant ce temps-là, on va continuer à importer les produits, les autres acteurs vont déposer des brevets et vont innover. Par ailleurs, il n’y a pas d’essais au champ sur l’édition de gènes en France, comme c’est le cas en Espagne, en Suède, en Belgique et en Grande-Bretagne, par exemple.

Propos recueillis par Isabelle Escoffier

(1) Publiée en septembre 2021 dans la revue New biotechnology (en anglais).