Dans une interview exclusive accordée à Machinisme et Réseaux et La France Agricole, Yongfu Yuan, vice-président et manager export de Zoomlion, détaille les ambitions du groupe chinois dont les capacités d'investissements semblent illimitées.

La France Agricole : Comment se décline votre offre actuelle ?Yongfu Yuan : Le tracteur de tête est maintenant le ZL 2104 de 210 ch. Il est motorisé par Deutz ou Perkins, équipé d'une transmission semi-powershift ZF, d'un pont Carraro et d'un relevage électronique Bosch. Nous avons toutes les technologies d'un tracteur moderne comme les caméras de surveillance, les suspensions d'essieux et de cabine, le terminal Isobus ou encore l'autoguidage. Ce tracteur est présenté en version Tier 3 mais un Tier 4 final est dans les cartons.

Quelle est votre production annuelle ?Depuis le rachat de Chery, nous sommes sur un rythme de production de 60 000 tracteurs par an. Seuls 5 000 unités sont pour le moment vendues à l'export, dont l'essentiel en Russie. Environ 1 000 unités partent pour les marchés d'Europe de l'ouest, la Turquie et la Pologne.

Envisagez vous de produire en Europe ?Nous sommes déjà présents avec notre centre de pièces de rechange qui est en phase de lancement en Italie. Nous envisageons aussi de produire nos tracteurs en construisant ou faisant l'acquisition d'une usine en Europe.

Vous êtes donc acquéreur potentiel d'un constructeur occidental ?Bien sûr. Nous étions déjà sur les rangs pour le rachat de Kverneland. Nous avons l'ambition de devenir rapidement full-liner. Nous le sommes déjà mais avec des produits typiquement chinois pour la récolte, le travail du sol et le semis. Pour conquérir les marchés européens, il nous faut des produits adaptés à cette clientèle. Pour nous, cela passe obligatoirement par l'acquisition d'un constructeur d'équipements tractés. Nous regardons aussi du côté des tractoristes car il n'est pas possible de construire un tracteur plus gros que le ZL 2104 sur notre chaîne de montage chinoise. L'argent n'est pas un problème pour notre compagnie car nous sommes le leader mondial dans le domaine du matériel de préparation du béton.

Quels vont être vos arguments pour vendre ces tracteurs "Made in China" aux agriculteurs européens ?Le prix, bien évidemment. A niveau technologique égal, nous allons être 15 % moins chers que les tractoristes qui ont pignon sur rue. Nous allons toutefois mettre un point d'honneur à soigner la qualité car il n'y a pas de compétitivité sans cela. Ensuite, nous allons proposer un accompagnement financier à nos clients, notamment au travers du leasing. Enfin, nous comptons sur notre nouveau centre de pièces de rechange pour rassurer les clients sur notre capacité à assurer le SAV.

Pensez-vous vraiment réussir à devenir full-liner d'ici 2017 ?Personne n'a vraiment pris au sérieux Chery lors d'Agritechnica 2013, lorsqu'il a annoncé son intention de conquérir le marché européen. A l'époque, le modèle le plus puissant de la gamme plafonnait à 50 ch. Cette année, nous sommes de retour sur un stand trois fois plus grand et le 50 ch est maintenant le plus petit modèle de la gamme. Si les acquisitions se déroulent comme prévu, nous triplerons encore notre surface dans deux ans.

Propos recueillis par Corinne Le Gall