Plus de 35 % des éleveurs ovins ne sont pas issus du milieu agricole (1). C’est le cas de Marion Chomel, vingt-huit ans, qui a quitté sa Bretagne natale et ses proches en 2014. Elle s’est installée à Hasparren, au cœur du Pays basque. Une décision mûrement réfléchie, après plusieurs étés passés au cœur du Gaec Larramendy et une expérience immersive de deux ans, le parrainage, avant de sauter le pas.

Période de test

« Le parrainage permet au candidat à l’installation et à l’exploitant en place de voir s’ils peuvent travailler ensemble », explique la jeune bergère. Lorsqu’elle est arrivée pour cette période de test en 2014, la structure était gérée par Marie-Hélène et son frère Bernard. « Mon père était le frère du grand-père de Marion, explique l’agricultrice de cinquante-sept ans. Nous souhaitions que la ferme perdure. »

La période de parrainage a permis à Marion de bénéficier d’un statut de stagiaire, rémunéré 650 euros par mois grâce à des fonds publics. La chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques a assuré le suivi du stage et l’accompagnement dans les démarches administratives. « Ces deux années ont été très bénéfiques, souligne la jeune femme. J’ai eu le temps de trouver ma place et de voir si je me plaisais au sein de l’exploitation. Nous avons également appris à communiquer. » En effet, le relationnel est bien souvent l’aspect le plus compliqué lorsqu’on s’associe.

« La technique, ça s’apprend au quotidien et j’avais tout de même des bases solides grâce à mes expériences antérieures », poursuit Marion. Ses études supérieures dans une école d’ingénieurs agricoles lui ont permis de se familiariser avec la profession et d’acquérir des connaissances, grâce à un parcours en alternance : « J’ai travaillé dans une ferme expérimentale ovine dans le Limousin. J’ai appréhendé beaucoup d’aspects du métier de berger. »

La période de parrainage s’est conclue par l’installation de la jeune femme en novembre 2016. Elle a suivi le parcours à l’installation aidée : « J’ai bénéficié d’un bonus par rapport au montant de base de la DJA (2), car je me suis installée hors cadre familial, en zone de montagne et sur une exploitation utilisant du matériel en commun. Bernard était en âge de partir à la retraite, je lui ai acheté ses parts sociales. »

Intégration réussie

Depuis trois ans, Marie-Hélène et Marion assurent la gestion du troupeau de 350 brebis. Le lait sert à la production des fromages ossau-iraty et esquirrou. La répartition des tâches se fait au quotidien. « Nous prenons le petit-déjeuner tous les jours ensemble pour organiser la journée », confient-elles. Pendant la période des foins, Marie-Hélène s’occupe plus des bêtes, car Marion est à l’aise pour conduire le tracteur. « Peu importe la tâche, on a l’impression qu’elle a fait ça toute sa vie », constate avec le sourire Marie-Hélène.

Depuis son installation, la jeune femme a repris en main l’administratif de l’exploitation et s’est formée à la comptabilité grâce à l’Afog (3). Les éleveuses ont trouvé leur équilibre au travail. « Je suis heureuse que Marion se plaise ici, et de voir perdurer notre ferme, qui est le fruit du travail de plusieurs générations », ajoute Marie-Hélène.

La jeune bergère a réussi à bien s’intégrer dans sa région d’adoption. Elle est membre du conseil d’administration du contrôle laitier du secteur : « Ça permet d’échanger avec d’autres éleveurs sur leurs pratiques. Je fais partie d’un club de course à pied, où je m’entraîne une à deux fois par semaine. Il est important de garder une activité en dehors du travail. Je me suis également initiée à la langue basque. »

Marion ne regrette pas son choix et reconnaît avoir eu de la chance : « Je suis arrivée sur une exploitation avec des personnes ouvertes d’esprit. » Et Marie-Hélène de conclure : « Pour qu’un jeune se sente bien, il faut lui laisser la liberté de faire comme il a envie et être attentif à ses idées. »

Bertille Quantinet

(1) Selon la Fédération nationale ovine.

(2) Dotation au jeune agriculteur.

(3) Association de formations collectives à la gestion.