« Si je me permets de corriger la présidente [de la FNSEA] sur un point, j’ai trois priorités pour la présidence française de l’Union européenne : réciprocité, réciprocité, réciprocité », a martelé le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, lors du congrès du syndicat majoritaire, ce 23 septembre 2021 à Niort (Deux-Sèvres). Des propos qui font écho à ceux tenus lors de sa visite d’Innov-Agri.

« Monsieur le ministre, soyez ferme »

Julien Denormandie répondait donc à Christiane Lambert, qui quelques minutes plus tôt, le priait d’être ferme. « Monsieur le ministre, soyez ferme, pour faire comprendre à la Commission et à vos collègues européens qu’imposer des contraintes et des normes aux produits européens sans que l’on puisse les imposer aux produits importés est suicidaire », prévient Christiane Lambert.

« À vouloir jouer les héros sans en avoir les armes, on finit bien souvent en héros morts ! » ajoute la présidente, qui a aussi appelé le ministre à mettre l’étiquetage de l’origine en haut de la pile des priorités européennes.

Un non-sens pour la souveraineté et pour l’environnement

Julien Denormandie considère que l’évolution de la politique sur le commerce international est un des facteurs clés de la souveraineté alimentaire, dont le ministre fait une de ses priorités pour la France et de fait aussi pour l’Union européenne.

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« Je pense que se joue quelque chose qui est en fait une sorte de tournant, j’espère », lance le ministre. Julien Denormandie souhaite que l’étude du cabinet de la Commission européenne qui dit que le Green Deal européen — les stratégies De la ferme à la fourchette et Pour la biodiversité — « va concourir à 10 % de moins de production, à 20 % d’augmentation d’importations et à deux tiers des émissions de CO2 importées », va enfin faire prendre conscience aux autres pays du risque pour leurs agricultures.

« Si on veut donner le coup d’accélérateur supplémentaire sur la transition, il faut absolument que tout ce qu’on arrive à faire en matière agricole, au niveau du Green Deal puisse être fait dans la politique commerciale », a insisté le ministre.

« Si une transition consiste à dire “Je fais la transition chez moi”, mais de l’autre côté “J’importe ce que je ne fais plus chez moi parce que je fais la transition”, c’est un non-sens, en termes de souveraineté mais c’est aussi un non-sens environnemental », s’inquiète le ministre.

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Un combat long

Julien Denormandie a prévenu, ce sera « un combat rude et long ». « Il y a des choses qu’on peut obtenir à court terme. Je pense aux clauses miroirs dans le domaine de l’élevage, notamment sur les antibiotiques [activateurs] de croissance. »

« C’est ce qu’on peut prendre dans le cadre de la réglementation existante, mais je pense qu’il faut aller un cran plus loin », a ajouté le ministre, argumentant que les clauses miroirs ne devraient pas être pensées uniquement au niveau européen mais aussi « à l’aulne de l’Organisation mondiale du commerce » et que les accords commerciaux prennent en compte les coûts environnementaux des produits.

Marie Salset