La Coordination rurale (CR) a tenu son 28e congrès national à Vichy le 2 décembre 2021. Lors d’une matinée studieuse, les 200 congressistes se sont intéressés aux moyens de lutte contre les « importations toxiques », avant d’accueillir le ministre de l’Agriculture dans l’après-midi. Confirmée la veille, la présence de Julien Denormandie a été une heureuse surprise pour les organisateurs.

Il était d’ailleurs attendu au tournant : « On veut des réponses sur l’eau et les bassines, la définition de l’agriculteur actif, les clauses miroirs et le loup », avertissait Bernard Lannes, le président syndical. Vaste programme, qui s’est engagé sous forme de questions et de réponses avec la salle. Un exercice apprécié de Julien Denormandie, qui lui a donné l’occasion de faire un bilan de 1,5 an en fonction, et de rappeler sa ligne de conduite : mettre « la science et la raison au centre », en opposition à « l’émotion » et aux « postures ».

Laisser travailler les actifs de plus de 67 ans

Interpellé sur la limite d’âge de 67 ans pour bénéficier des aides de la Pac à partir de 2023, le ministre s’est dit « le premier étonné quand ce critère a été proposé par la profession ». Et de réexpliquer l’objectif poursuivi : « Nous voulons éviter les cas ubuesques d’une personne en maison de retraite qui touche des aides Pac. Les aides doivent être pour les actifs. »

Partageant l’idée qu’un travailleur peut avoir légitimement envie de travailler au-delà de 67 ans, il a demandé à ses services de proposer des « exemptions spéciales » pour les plus âgés ayant un besoin réel et justifié de poursuivre leur activité.

Mais puisque le sujet mobilise la profession, il s’est montré ouvert à une réouverture des discussions sur cet âge limite. « Une porte de sortie pourrait être d’empêcher de cumuler sa retraite avec les aides de la Pac », a-t-il proposé. Le dossier pourrait donc évoluer d’ici au bouclage du plan stratégique national (PSN) au 31 décembre 2021.

Un accueil chaleureux

Les deux heures de rencontre entre les congressistes et le ministre se sont déroulées de façon fluide, les arguments et la pédagogie du ministre semblant convaincre l’auditoire.

Sur la loi Egalim 2, alors que le caractère obligatoire de la contractualisation en viande lui était opposé, il a répondu par la nécessaire régulation de la relation commerciale pour la protection de la rémunération des producteurs.

Sur les inquiétudes des éleveurs face aux loups, il a assuré avoir une approche « humaine » de la question et mise sur des données objectives rendues par les prochains comptages.

Au sujet des dégradations des bassines, inacceptables pour la CR, il a rappelé les avoir dénoncé publiquement. Le ministre veut une approche par projets : « On peut trouver un consensus scientifique et technique, par exemple pour le captage des pluies diluviennes. »

Enfin, sur l’arrêt des importations aux normes moins-disantes, réclamé par le syndicat, il n’a pu qu’abonder : « Mon combat pour la réciprocité dans les échanges sera la priorité de la présidence française », à commencer par une clause miroir sur les antibiotiques ayant un effet sur la croissance.

La rencontre s’est terminée sous les applaudissements de la salle.

Sophie Bergot