Différents acteurs de la filière du chanvre étaient réunis à l’Assemblée nationale, le mercredi 23 septembre 2020, pour apporter des éléments de réflexion et des recommandations aux parlementaires quant au cannabis de bien-être, dans le cadre de la mission parlementaire sur les usages du cannabis en France.

Le cannabis de bien-être, ou chanvre de bien-être, se différencie du cannabis thérapeutique et du cannabis récréatif. Ses produits dérivés sont connus pour leurs vertus relaxantes et apaisantes, sans effet psychotrope, contrairement au cannabis dit récréatif.

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Le marché du bien-être florissant

Il est aujourd’hui illégal d’exploiter la fleur de chanvre. C’est en effet dans cette dernière que se trouve le THC, tétrahydrocannabinol, à l’origine des effets psychotropes. C’est cette substance qui fait donc du cannabis récréatif une « drogue ». Mais c’est également dans la fleur que l’on retrouve le CBD, cannabidiol, qui est valorisé dans la filière du bien-être.

Pour argumenter en faveur d’une modification de la législation, certains experts mettent en avant le potentiel grandissant du marché du chanvre de bien-être auprès des pouvoirs publics. Selon Jouany Chatoux, agriculteur dans la Creuse, ce marché pourrait représenter 22 milliards d’euros d’ici à 5 ou 6 ans au niveau européen. Et une filière française pourrait tirer son épingle du jeu, soutient Pierre-Yves Normand, président de l’association Bretagne Chanvre Développement. La mise en place d’un cadre réglementaire favoriserait l’émergence d’une production nationale fiable, sécurisée et tracée. « Il y a aujourd’hui très peu, voire pas de traçabilité sur la majorité des produits commercialisés. C’est complètement fou, on a ici tout ce qu’il faut pour le faire dans les règles », déplore Pierre-Yves Normand.

Dans l’hypothèse d’une légalisation de l’exploitation de la fleur, la filière se heurterait à d’autres questions réglementaires, tel que le taux de THC maximal autorisé dans la plante cultivée et dans le produit fini. Passé ces questions techniques, le succès d’une production française passera par l’accompagnement et par la formation des agriculteurs à la culture du chanvre de bien-être, souligne Jouany Chatoux.

L’incertitude sur le taux de THC maximal dans la plante

Aujourd’hui, seules les variétés inscrites au catalogue européen sont autorisées. Elles sont généralement exploitées pour leurs tiges et leurs graines et présentent toutes des taux de THC inférieurs à 0,2 %, comme le stipule la loi européenne.

Selon Jouany Chatoux, avec un taux de THC limité à 0,2%, le taux de CBD ne pourra pas dépasser les 5 à 6 %. « Si le taux de CBD est trop faible, il sera difficile de rentabiliser l’extraction, explique-t-il. Avec un taux de THC à 1 %, comme c’est autorisé en Suisse, on pourrait monter à 20 % de CBD. Plusieurs pays européens souhaitent aussi faire évoluer le taux de THC autorisé, c’est en train de bouger un peu partout », argumente-il.

La méthode d’analyse du taux de THC devra elle aussi être étudiée. « Aujourd’hui, les 30 premiers centimètres de la plante sont broyés avant la fin de la floraison pour analyse. Mais cette méthode restera-t-elle identique pour le chanvre de bien être ? Où s’effectuera-t-elle uniquement sur la fleur, qui sera exploitée ? s’interroge Jouany Chatoux. S’il y a 0,2 % de THC dans les 30 premiers centimètres de la plante, il y en aura forcément plus dans la fleur, où il est concentré. Et si l’analyse est effectuée en fin de floraison, le taux sera aussi plus élevé », explique-t-il.

Le flou sur le taux de THC autorisé dans le produit fini

Le taux de THC dans le produit fini devra lui aussi être fixé. Et son niveau pourrait bien influencer la rentabilité de l’extraction de CBD. Michel Krausz, directeur d’une société coopérative agricole qui exploite des plantes à parfum en Provence, en connaît un rayon sur le volet de l’extraction. « L’extraction naturelle, sans utilisation de solvant, peut être intéressante s’il est autorisé de trouver du THC dans le produit fini. Dans le cas contraire, c’est une extraction chimique, comme le CO2 supercritique, qui devra être privilégiée pour éliminer toute trace de THC. Mais ce type d’extraction est très onéreux et impactera la rentabilité de cette étape », prévient-il.

Former les agriculteurs à la culture de bien-être

Selon Jouany Chatoux, dans le cas d’une ouverture de la filière française, la production de chanvre de bien être ouvrira de nouvelles voies de diversification pour les agriculteurs, à condition d’être formés : « On a pu voir dans certains pays des agriculteurs se lancer dans l’exploitation du chanvre sans anticiper certaines étapes de la production, notamment le séchage, qui demande une certaine connaissance et une organisation particulière ».

Des formations sont d’ores et déjà disponibles, mais il y a encore tout à faire, d’après l’agriculteur. « Il faut organiser la formation et légiférer sur l’exploitation de la fleur. Tout le reste de la filière pourra se mettre en place très rapidement », conclut-il.

Raphaëlle Borget