"Je suis maire depuis 14 ans. C’est mon troisième mandat, explique Laurent Delaere. Je ne sais pas expliquer pourquoi j’ai eu envie de m’investir pour la commune… Je suis quelqu’un qui aime profondément les gens. Et je dois sans doute aussi aimer un peu les ennuis, car des imprévus, il en arrive à longueur de temps : un nid de frelons, un chien errant, un arbre tombé sur la route… ou même une rave-party !"

"Au moindre problème, les gens m'appellent"

"Fontaine-Saint-Lucien ne compte que 200 habitants. Au moindre problème, les gens m'appellent. Tout le monde a mon numéro. Ma femme et mes enfants doivent vivre avec ça. Il y a trois mois, j’ai été réveillé par un voisin pour un cambriolage dans une propriété du village. Une autre fois, en plein repas de famille, on m’a signalé un individu bizarre allongé devant l’église ; autant dire que le déjeuner a été un peu écourté…"

"Récemment, un vendredi soir, mon téléphone sonne : un dépôt sauvage de débris de chantier se trouve au milieu d’un chemin. Que voulez-vous que je fasse ? Avec mon chargeur télescopique, je suis allé rapidement enlever le tas. C’est l’avantage d’être agriculteur : on a tout le matériel nécessaire."

Faire cohabiter tout le monde

"Ici nous sommes en zone de production de betteraves sucrières. J’en cultive, ainsi que du lin, du pois protéagineux, du colza et des céréales. Ces cultures peuvent causer du bruit, du passage de camions… Or, notre commune accueille de plus en plus de personnes qui n’ont jamais vécu à la campagne. Alors, j’essaie d’expliquer mon métier, d’être pédagogue. Je considère que faire cohabiter tout le monde fait partie de mon rôle de maire."

"Psychologiquement, les conflits de voisinage sont difficiles à gérer. Par chance, je n’en ai pas beaucoup. Il y a aussi des moments durs, par exemple quand il faut constater les décès. Mon pire souvenir, c’est un accident mortel sur la commune, avec une jeune fille de 20 ans éjectée d'une voiture. Je ne faisais pas le fier, même les gendarmes étaient un peu choqués."

"Heureusement que de jolis évènements, comme les mariages ou les baptêmes civils, jalonnent mon mandat. Sans oublier les réunions, les rendez-vous, les formations. Cela représente énormément de travail, mais ça me permet de sortir de la ferme, de rencontrer des gens… c’est très enrichissant. J'estime qu’un agriculteur a le profil idéal pour gérer une commune rurale, parce qu’il faut être disponible sur place. Tous les maires ruraux vivent la même chose, ça peut être usant. Moi, je me vois bien continuer encore, à condition que mon village reste paisible."