Compte tenu des enjeux financiers, le choix des espèces et des variétés qui entrent dans la composition d’un mélange prairial est décisif. Il découle de plusieurs critères que sont le contexte pédo-climatique, la durée de vie escomptée de la prairie ainsi que sa destination, fauche, pâture ou les deux.« En fonction de leur durée de vie, il est possible de scinder les prairies en deux grandes catégories, expose Didier Deleau, spécialiste des fourrages chez Arvalis. Les prairies dites de courte durée qui n’excèdent pas trois ans et les prairies longue durée destinées à demeurer en place quatre à cinq ans, voire plus. »

Vigueur au départ

Qu’elles soient graminées ou légumineuses, les espèces destinées aux prairies de courte durée possèdent une bonne vigueur au départ qui facilite leur installation. Parmi celles-ci le ray-grass d’Italie fait figure de roi de sa catégorie avec une implantation rapide et une excellente productivité en tous types de sols malgré sa dormance estivale. De caractéristiques proches, le ray-grass hybride (RGH) est lui aussi adapté à la fauche et possède une très bonne valeur nutritionnelle. « A ces graminées, il est possible d’associer des légumineuses dont trois ont une pérennité proche : le trèfle violet, le trèfle hybride et le sainfoin, » poursuit Didier Deleau.

D’implantation facile même en sols humides et acides, le trèfle violet a une bonne valeur alimentaire ainsi qu’une excellente productivité. Ses défauts tiennent à une sensibilité à la sécheresse et à la chaleur ainsi qu’aux risques de météorisation. Très résistant et productif, même en conditions de sol extrêmes (hydromorphie), le trèfle hybride adapté aussi bien à la fauche qu’à la pâture, souffre du sec. Sa pérennité est de deux à trois ans. A redécouvrir sans doute mais réservé aux sols calcaires, le sainfoin s’implante plus lentement mais conserve sa productivité par temps chaud et sec. Non météorisant, il est très bien adapté à la fauche en raison de sa facilité de séchage.

Gare à la compétition

« Dans les associations destinées à durer plus de trois ans, il faut prendre garde à la concurrence à l’installation et jouer avec la complémentarité des espèces dans l’espace et le temps, prévient Didier Deleau. Cela se traduit via quatre critères pris indépendamment ou cumulativement que sont la vitesse d’installation, le pouvoir de concurrence au printemps, la pousse estivale et la productivité après trois ans. »

Graminée adaptée aux sols séchants et capable de supporter des températures élevées, le dactyle possède une pérennité de cinq à six ans. Très riche en protéines, il est lent à l'installation et son épiaison est rapide. Il se combine bien avec la luzerne, légumineuse la plus productive, riche en protéines, qui aime les sols calcaires. Encore plus lente, la fétuque élevée, très pérenne, préfère les sols profonds mais supporte hydromorphie, sécheresse et chaleur. Sa valeur alimentaire s’est améliorée avec les variétés à feuille souples.

Le ray-grass anglais (RGA) est la graminée par excellence de l’Ouest français. Très appètent, riche en énergie, d’installation rapide, il est souvent associé au trèfle blanc qui possède les mêmes exigences pédoclimatiques, à savoir des sols sains et profonds régulièrement arrosés. Tous les deux possèdent une bonne aptitude au pâturage, en particulier les RGA les plus tardifs.