«Un joli veau bien rond, de couleur unie, pas trop gros pour assurer un vêlage sans encombres tonique, qui boit bien, et avec un bon potentiel de croissance. » Tel est le portrait-robot que dresse Béatrice Gérin, installée à Aveizieux avec son mari, Hervé, de ses petits montbéliards croisés charolais. Ce montage génétique, appelé « croisement industriel », représente la majorité des naissances de l’année.

Hervé et Béatrice sélectionnent les meilleures montbéliardes du troupeau laitier, vaches ou génisses. « Elles sont triées selon leurs index et leur morphologie », précise Hervé. Une douzaine est inséminée en semence sexée femelle. « Cela fait trois ans, et nous n’avons jamais eu un mâle », dit-il en souriant. La dizaine de filles issue de ces accouplements assurera le renouvellement. « Attention, la semence sexée promet 92 % de réussite, prévient Clément Gubien, inséminateur à la Coopérative d’élevage de la Loire (Coopel), il peut donc y avoir de mauvaises surprises. »

Tout le reste du troupeau, c’est-à-dire une bonne quarantaine de vaches et de génisses, est inséminé avec une gamme de taureaux charolais à fort développement musculaire, proposée par Gènes diffusion (voir encadré). Il en est de même pour les femelles du premier lot, après deux échecs à l’IA. « Les veaux croisés, une quarantaine par an, sont commercialisés vers trois semaines, précise Hervé. Les tarifs ? Nettement plus attractifs ! »

L’exploitation se situe à trois quarts d’heure de Saint-Laurent-de-Chamousset, un marché réputé pour sa présentation de beaux sujets conformés. Le berceau du charolais est à moins de 150 km, et la région dispose d’appellations telles que le veau de Saint-Étienne, ou le veau des monts du Velay. « C’est pourquoi le croisement industriel fonctionne bien dans cette zone, indique Clément Gubien. Les intégrateurs sont friands de ce type d’animaux. En revanche, il y a davantage de demande pour les mâles que pour les femelles, même croisées. Il en faut pour fournir le marché espagnol, mais cela ne suffit pas à redresser les cours. » Fort de ce constat, le Gaec des Vallons a décidé de pousser sa stratégie de sélection encore plus loin. « Quelques charolais du catalogue sont disponibles en semence sexée mâle, dit Hervé. Nous avons sauté le pas, et venons de commander des doses de Faust, qui promet à sa descendance de la finesse d’os, et qui devrait assurer un vêlage facile. »

Hervé et Béatrice estiment que les doses sexées représentent un surcoût d’environ 20 €. « Mais il faut les considérer comme un véritable investissement, lance Hervé. En veaux croisés, la différence de prix entre un mâle et une femelle peut monter jusqu’à 200 €. » L’achat est donc vite rentabilisé. C’est une forme d’avance de trésorerie. « La génétique, c’est le socle du troupeau, martèle Clément Gubien. Pourtant, allez savoir pourquoi, face au comptable, c’est souvent plus facile de justifier un achat de matériel qu’un investissement dans des doses de semence. » Sans les conseils de leur inséminateur, Hervé et Béatrice n’auraient peut-être pas sauté le pas. « C’est important d’être entouré, de se faire conseiller », assure Béatrice.

250 € d’écart entre un montbéliard et un croisé

Dans un troupeau laitier, ces veaux croisés, nettement mieux valorisés que les prim’holsteins ou les mixtes, sont une véritable assurance financière. « Commercialiser des veaux conformés nous permet d’équilibrer les pertes quand le prix du lait s’effondre, remarque Béatrice. Cet équilibre est moins vrai cette année, puisque la situation est morose tant en lait qu’en viande. » Selon la situation du marché, l’écart de prix entre un veau montbéliard et un croisé montbéliard × charolais serait de plus de 200 €. « Ces dernières semaines, j’ai vu des sujets taupes, c’est-à-dire croisés prim’holstein et limousin, partir pour 5 ou 10 €, regrette Clément Gubin. Aujourd’hui, certains veaux représentent une perte sèche pour les éleveurs. »