Avant même d’atteindre l’entrée, la question fuse : « Êtes-vous allée récemment en élevage ? » Si la réponse est oui, direction la douche ! Et dans tous les cas, il faut sacrifier au rituel, enfiler une combinaison (lavable), une charlotte et des surbottes (jetables). À l’EARL Gaudaire, on ne plaisante pas avec la biosécurité.

En effet, les éleveurs sont engagés dans la démarche « Porc sans antibiotique depuis la naissance », lancée en mars 2018 par la Cooperl pour sa marque Brocéliande. Tenir cet engagement impose une vigilance de tous les instants, mais il est le prolongement des choix précédents d’Anthony et Isabelle Gaudaire. « Nous avons arrêté la castration en 2013, et jamais nous ne reviendrons en arrière, explique Isabelle, qui dirige le site de 320 truies. Nous sommes passés au porc sans antibiotique à 42 jours en 2014. »

Sans hésiter, l’éleveuse a donc accepté de se lancer dans le « sans antibiotique depuis la naissance », lorsque la Cooperl le lui a proposé en 2016. Ils ont mis en place l’outil indispensable : le bouclage de tous les porcelets avec une puce RFID, associé à des antennes-relais et une application sur smartphone (lire encadré ci-dessous). « Nous ne l’avons pas vécu comme une contrainte car c’était une phase de test. Et au bout d’une bande, ça roulait ! Les boucles RFID ont changé notre façon de travailler. Nous raisonnons désormais à l’individu, et non plus par salle ou par bande. »

Lavage et désinfection

En parallèle, des aménagements ont été réalisés. Le bâtiment de post-sevrage a été refait à neuf, avec lavage et désinfection des fosses. Le système de traitement de l’eau a été revu, et les canalisations décapées. « Nous avons aussi investi dans un Kärcher en poste fixe pour l’ensemble de l’élevage, pour laver et désinfecter les cases et les couloirs après chaque passage de lot et chaque transfert d’animaux. »

Les bêtes sont également suivies de près, à commencer pas les mères. « Nous mesurons l’état d’engraissement de la truie, elle doit être ni trop maigre, ni trop grasse. Le technicien de la Cooperl passe une fois par mois pour mesurer l’épaisseur de lard dorsal. Nous allotons les gestantes selon le résultat, avec une courbe d’alimentation ajustée. » Avant d’entrer dans la maternité, elles sont lavées, shampouinées et déparasitées sur le quai, à l’extérieur du bâtiment. Puis, elles gagnent les stalles, équipées de case-balance anti-écrasement.

« Nous chauffons la salle avant la mise bas, pour avoir la bonne température et diminuer l’humidité, explique Isabelle. Les lampes chauffantes sont allumées pendant la naissance, comme les 48 h suivantes, et les porcelets disposent de plaques chauffantes maintenues à 29 °C. Nous faisons très peu d’adoptions, nous laissons au maximum le porcelet avec sa mère, afin de réduire le stress et limiter le mélange de microbismes. »

Autre source de stress, la coupe de la queue, le meulage des dents et la pose de la boucle RFID sont réalisés au plus tôt six heures après la naissance. « On les laisse tranquilles, et boire le colostrum avant de les toucher. Nous avons aussi remplacé l’injection de fer par trois distributions sous forme de poudre au cours de la première semaine. Une piqûre de moins, c’est un stress en moins pour tout le monde ! »

Pas de systématique

Même politique en cas de diarrhée. « Nous ne faisons plus de traitement systématique, on ne pique que les malades. Nous avons ainsi réduit notre consommation d’antibiotiques. » Le corollaire est l’augmentation (modérée) du poste « vaccination ».

Grâce aux données collectées, « des tableaux de bord trimestriels sont élaborés par la Cooperl et commentés avec les éleveurs, pour les aider à progresser, précise Anne Lacoste, responsable recherche et développement de la coopérative. En cas de gros problème sanitaire, il est possible de sortir provisoirement de la démarche. »

Pour l’EARL Gaudaire, le bilan est positif à tous points de vue. « L’indice de consommation s’est amélioré et les porcs ont une meilleure croissance, souligne Isabelle. Le confort de travail et les résultats économiques sont supérieurs. Nous avons un peu dégradé le taux de perte en post-sevrage, mais il y en a moins après, et le taux de perte global est resté stable. » Avec, à la fin, la satisfaction d’avoir bien travaillé. « Il est possible de faire du porc sous bâtiment, et de sortir un produit correct ! »