Mycoplasma hyopneumoniae  : une protection efficace… mais pas une éradication

Mycoplasma hyopneumoniae (Mh) est un pathogène qui circule lentement dans l’élevage. Une fois inhalé, le mycoplasme se fixe sur les cellules ciliées des bronches, système de défense naturel de l’arbre respiratoire. Il détruit progressivement les cils vibratiles, en charge de l’épuration mucociliaire, procédé de nettoyage des voies respiratoires du porc. Pour schématiser, une sorte de tapis roulant évacue, vers l’extérieur, les poussières, les agents infectieux, tout ce qui ne devrait pas atteindre les poumons. Ce système ne fonctionnant plus correctement, le mucus et les particules ne sont plus évacués. Mh agit en mettant à nu la muqueuse bronchique et ce faisant favorise les surinfections.

Le porc étant physiologiquement limité sur le plan respiratoire, toute réduction de capacité pulmonaire impacte l’oxygénation des tissus, la tolérance à l’effort, la croissance, et, à long terme, la charge cardiaque.

Dans ce contexte, le rôle de la vaccination est clair :

  • Limiter les lésions pulmonaires,
  • Protéger le tissu respiratoire,
  • Réduire la sévérité clinique,
  • Améliorer l’homogénéité des performances.

La vaccination a permis de grandes améliorations cliniques et a contribué à réduire l’usage des antibiotiques en élevage. En revanche, même après des années de vaccination des porcelets, elle n’élimine pas la bactérie. Les contrôles effectués, en France, entre 2021 et 2023, dans le cadre du Ceva Lung Program, un programme de surveillance des lésions pulmonaires à l’abattoir mené à l’échelle mondiale, révèlent ainsi que 17 % des élevages sont encore fortement touchés par des pathologies respiratoires.

Circovirus porcin de type 2 : un perturbateur immunitaire

Le PCV2 agit différemment. Il cible principalement les cellules du système immunitaire et perturbe la réponse de l’organisme face à d’autres agents pathogènes. Avant la généralisation de la vaccination et les améliorations de conduite, le virus était associé à des signes cliniques particulièrement marquants, comme dans la maladie d’amaigrissement du porcelet. Aujourd’hui, la circulation virale peut persister sans que les animaux ne paraissent malades, mais leur croissance et indice de consommation sont dégradés.

La vaccination contre le PCV2 offre une protection très efficace contre les formes cliniques majeures. Elle contribue également à améliorer l’homogénéité des lots et les performances technico-économiques. Cependant, certaines circonstances peuvent compromettre la protection apportée : vaccination incomplète, pratiques incorrectes, mélanges d’animaux, vaccination concomitante d’une infection comme le SDRP...

Limiter co-infections et expression subclinique

Le mycoplasme fragilise le poumon. Le PCV2 module l’immunité. D’autres agents — virus grippaux, SDRP, bactéries opportunistes — peuvent occuper le terrain. C’est à ce niveau que se situe la marge d’optimisation.

Dans quelques élevages, pourtant vaccinés, on constate ainsi :

  • Une toux modérée mais persistante,
  • Des scores pulmonaires à l’abattoir,
  • Une hétérogénéité croissante en fin d’engraissement…

à des niveaux qui dépendent du contexte de l’élevage : pression d’infection, qualité de ventilation, conduite des bandes, rigueur dans la mise en œuvre de la vaccination, gestion des reproductrices...

La maîtrise Mycoplasma hyopneumoniae et du PCV2 passe d’abord par la limitation de la contamination précoce des porcelets. Les truies, les primipares mais aussi les multipares, peuvent excréter durablement le mycoplasme et contaminer leurs portées avant le sevrage. De même, des porcelets peuvent naître déjà infectés par le PCV2 et diffuser le virus très tôt dans la bande.

La gestion des cochettes doit intégrer un véritable contrôle sanitaire, au-delà de la seule adaptation clinique. La qualité de la prise colostrale, la limitation des adoptions, la réduction du brassage et de la surdensité constituent des leviers essentiels pour limiter la diffusion des agents pathogènes.

La biosécurité interne reste une règle d’or : conduite en bande stricte, nettoyage et désinfection rigoureux des salles (d’autant plus importants que le PCV2 est un virus naturellement résistant aux désinfectants usuels), maîtrise des flux d’air pour éviter les contaminations entre compartiments. Les conditions d’élevage influencent fortement la dynamique d’infection et l’expression clinique. Les grandes salles, les densités élevées, une ventilation mal maîtrisée (sous- ou sur-ventilation, froid), ainsi qu’un espace d’auge insuffisant favorisent les pathologies respiratoires et digestives.

Enfin, les co-infections virales (SDRP, grippe…) et les stimulations immunitaires répétées favorisent le pouvoir pathogène du PCV2 et les effets du mycoplasme, contribuant au Complexe Respiratoire Porcin.

Viser l’optimisation sanitaire et économique

Entre absence de crise et performance optimale, il existe une marge parfois fine mais économiquement significative. Dans un contexte de marges réduites, quelques grammes de GMQ, un dixième de point d’indice ou une hétérogénéité limitée peuvent faire la différence.

La maîtrise sanitaire ne se résume plus à éviter la maladie. Elle consiste à comprendre ce qui persiste, à mesurer ce qui reste perfectible et à corriger en connaissance de cause.