Jean-François Doucet, Directeur Général d'Amoéba, et Julia Nguyen, Directrice de projet Industries agroalimentaires au ministère de l'Économie, des finances et de la souveraineté alimentaire et numérique, croisent leurs regards sur un défi de taille : comment passer d’une innovation développée par une PME à un succès économique durable ?
Amoéba, PME lyonnaise de 27 salariés, a fait un pari audacieux : exploiter une amibe unique, découverte dans des eaux thermales d’Aix-les-Bains, pour en faire une solution de protection des plantes efficace. Ce « cocktail » naturel de métabolites s’avère être un fongicide de biocontrôle redoutable contre les maladies de la vigne, des céréales, des cultures maraîchères et arboricoles, sans risque pour l'homme ni l'environnement.
L’amibe : un micro-organisme aux 12 000 vertus
Après dix ans de recherche et 70 millions d'euros investis, l’entreprise est aujourd’hui à un tournant : le lancement commercial de sa solution. Si le produit est déjà homologué aux États-Unis, Amoéba attend ses Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) en Europe pour 2026 (ces prochaines semaines pour la France), avec des partenaires de poids comme Koppert et Syngenta.
En France, le paradoxe des PME : pionnières mais soumises aux aléas réglementaires
L'échange a mis en lumière un changement de paradigme. Si l'agrochimie traditionnelle était portée par des géants, l'innovation en biocontrôle est aujourd'hui le fait de PME. Or, ces structures font face à une équation financière complexe :
- Le coût du temps : Un dossier réglementaire coûte environ 2 millions d'euros et nécessite 6 à 8 ans d'instruction.
- Le risque industriel : Comme le souligne Jean-François Doucet, « on ne peut pas laisser une usine vide pendant un an et demi parce que les conclusions européennes sont reportées. »
De nouveaux leviers pour accélérer la mise à disposition des solutions auprès des agriculteurs
Face à ce « temps long », l'État adapte ses dispositifs. Julia Nguyen (DGE) rappelle que si le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) et France 2030 sont des piliers essentiels, de nouveaux outils émergent :
- Le fonds I2A : Un nouveau fonds de 500 millions d'euros dédié spécifiquement aux PME et ETI de l'agroalimentaire pour financer des projets globaux, et non plus seulement de la R&D ou des usines.
- L’accélération réglementaire : À l'échelon européen, des mesures de simplification (via le projet « Omnibus ») sont en discussion pour réduire les délais d'homologation des solutions de biocontrôle.
Conclusion : Une souveraineté à construire
Le message est clair : la transition agroécologique repose sur l'audace de PME comme Amoéba. Mais leur succès dépend d'un cadre public capable d’accompagner, accélérer et sécuriser le passage de leur innovation à l’échelle d’une production industrielle. En conjuguant soutien financier stratégique et agilité réglementaire, la France peut voir émerger des champions mondiaux proposant de véritables solutions pour une véritable transition agricole, industrielle et économique ».
▶ Regarder l’échange complet : "Faire du biocontrôle un tremplin agricole"