Les produits à base de métribuzine, substance pivot du désherbage des pommes de terre, ne sont plus utilisables désormais. Classée perturbateur endocrinien, la matière active a fait l’objet d’un retrait à l’échelle européenne. Sencoral SC, Arcade, Metric ou Bastille disparaissent donc des programmes. L’aclonifen (présent par exemple dans Challenge 600, Chandor ou Toutatis Damtec) et la clomazone (Centium 36 CS) constituent aujourd’hui la base des stratégies, notamment contre les dicotylédones.

Gérer les levées échelonnées

D’autres molécules peuvent être utilisées, comme le diflufenicanil (DFF) et le pendiméthaline. « Les applications doivent être réalisées en prélevée car, en l’absence de la métribuzine, seul le rimsulfuron reste disponible en postlevée », précise Audrey Machet, spécialiste du désherbage des pommes de terre chez Arvalis. Toutefois, cette matière active est moins polyvalente que les substances de prélevée pour maîtriser les morelles, renouées des oiseaux ou mercuriales.

Les levées échelonnées d’adventices sont fréquentes en pommes de terre, car les produits de prélevée ne peuvent pas être utilisés au-delà d’un certain stade. Pour gérer ces situations, les spécialités à base de métobromuron (Proman/Inigo) sont plus flexibles, avec un positionnement possible en prélevée tardive, au stade du « cracking », c’est-à-dire quand la terre commence à craqueler sur la butte. Les stratégies de double passage de prélevée commence ainsi à se développer, du fait de leur meilleure performance en conditions difficiles.

« Proman apporte de bons résultats sur ray-grass, daturas et chénopodes, confirme Bertrand Boulet, chez Certis Belchim, qui commercialise Proman. En situation sèche comme en 2025, le fait de décaler les applications permet d’améliorer les efficacités foliaires et la persistance. » Mais le positionnement du produit est parfois délicat. Sur ray-grass, le prosulfocarbe (Défi) peut apporter quelques points d’efficacité.

Intérêt de Bokator et Bismarck CS

Dans les essais menés en 2025 par Arvalis à Boigneville (Essonne), les programmes associant Bokator (aclonifen + DFF) 1,9 l/ha + Centium CS 0,25 l/ha + Proman 2 l/ha, ou Bismark CS (pendiméthaline + clomazone) 1,8 l/ha + Challenge 600 2 l/ha + Proman 2 l/ha affichent de bons résultats, avec plus de 95 % d’efficacité.

D’autres modalités chimiques comme Codix (pendiméthaline + DFF) 1,5 l/ha + Colt (aclonifen) 2 l/ha + Afaena (clomazone) 0,25 l/ha atteignent le même niveau d’efficacité, avec un intérêt sur morelles.

À noter que Bokator et Codix sont déconseillés en plants de pommes de terre pour des problèmes d’épuration lié au marquage du DFF. Attention aussi à la sélectivité de la pendiméthaline et du DFF : ces matières actives doivent être appliquées à 7-10 jours de la levée. Des marquages peuvent être engendrés en cas de forts cumuls de pluie post-application.

Sur la plateforme de Villers-Saint-Christophe (Aisne), « les programmes à base de clomazone donnent de bons résultats sur mercuriale annuelle, mais en cas de salissements tardifs, les rattrapages mécaniques ou chimiques sont nécessaires », évalue Arvalis.

Sur chénopodes, les programmes à base d’aclonifen et de clomazone sont efficaces mais restent insuffisants en cas de fortes infestations, probablement en lien avec les conditions sèches de l’année sur ce site. L’ajout de pendiméthaline puis de métobromuron au stade du cracking renforce les efficacités.

« Sans la métribuzine, le risque est d’observer une recrudescence de fumeterre et de matricaire car les autres molécules présentent une moindre efficacité sur ces adventices », alerte Audrey Machet.