C’est la dénonciation d’une ancienne salariée qui a lancé les investigations sur ce producteur ardéchois. Il en est ressorti qu’en 2019 ce dernier avait écoulé quelque 468 tonnes de kiwis italiens en les présentant comme des kiwis français, vendus plus cher, rapporte le Bureau interprofessionnel du kiwi.

Mardi 9 juin 2020, sa société de distribution a donc écopé de 60 000 euros d’amende et son exploitation de 10 000 euros, confirme le parquet de Privas (Ardèche).

Une société de production faisait écran

« Il achetait avec sa société de production des kiwis italiens qu’il revendait via sa société de commercialisation. Ainsi sa société de production faisait un peu écran » dans la fraude, ajoute le parquet.

Chose peu fréquente, les trois grands syndicats agricoles (FNSEA, Coordination rurale, Confédération paysanne) s’étaient portés conjointement parties civiles avec l’Interprofession des fruits et légumes (Interfel) et de l’interprofession du kiwi.

« Ce genre de montant est dissuasif. Ce qu’on veut, c’est clairement que ça s’arrête », a réagi Adeline Gachein, directrice du Bureau interprofessionnel du kiwi. Dans un communiqué, la Confédération paysanne a rappelé que la francisation des produits importés restait « trop fréquente dans une filière fruitière où l’étroitesse des marges et l’afflux de marchandises importées à bas prix incitent certains opérateurs à la fraude ». Par la voix de Joris Miachon, arboriculteur, la Coordination rurale espère, de son côté, « que ce jugement servira de leçon et qu’on aura plus affaire à ce genre de situation ! »

En novembre, deux grossistes drômois avaient été condamnés à des amendes de 50 000 et 40 000 euros pour des faits similaires.

> À lire aussi : Deux grossistes condamnés à 40 000 et 50 000 euros d’amende (18/11/2019)

Des procédures en cours

Au début de 2019, le service de la répression des fraudes (DGCCRF) avait annoncé avoir engagé des procédures judiciaires à l’encontre de sept entreprises.

Selon lui, environ 12 % des kiwis commercialisés sous une « origine France » (soit 15 000 tonnes) sont en réalité italiens. Soit un bénéfice illicite de quelque six millions d’euros sur trois ans, selon les calculs de la DGCCRF sous l’effet combiné d’un coût de production plus faible pour les kiwis italiens et d’un prix de vente plus élevé des kiwis français (de l’ordre de 30 centimes le kilogramme).

À la fin de janvier 2020, la Fédération nationale des producteurs de fruits avait consacré son congrès annuel sur la francisation des productions étrangères après les succès précédents obtenus en justice.

> À lire aussi : La FNPF vent debout contre les fraudes à l’origine (30/01/2020)

La France est le troisième producteur de kiwis européen et le cinquième mondial. L’essentiel de sa production (75 %) se trouve dans le Sud-Ouest et 10 à 15 % dans le Rhône-Alpes.

Avec l’AFP