De mémoire familiale, le verger de Matthieu Alix et Florent Prouteau à Thouarcé n’avait jamais gelé. Pas même en 1991 et plus récemment en 2019 alors que le Maine-et-Loire avait été durement touché. La situation semblait si sûre que le domaine « Les Canons », qui exploite également 70 ha de vignes, n’était pas équipé pour protéger les 12 ha de pommiers. Pas de système d’aspersion, pas de bougies, pas de tours antigel.

Plus de 27° d’amplitude thermique

« La première nuit, celle du lundi 5 au mardi 6 avril 2021, a été la plus terrible », évoque aujourd’hui Matthieu Alix. Dans les jours précédents, sous l’effet de températures élevées (jusqu’à 26°C), la végétation s’était fortement développée. Certaines variétés, notamment Pink Lady, l’une des quatre en place, commençaient à fleurir. Le gel a littéralement foudroyé sur place les fleurs.

« Il est encore trop tôt pour bien estimer les dégâts mais je pense que nous avons perdu la moitié de la récolte. Sur Pink Lady, ce sera plutôt 70 %. »

Un besoin de solidarité

En Anjou comme partout en France, « la situation que nous vivons est exceptionnelle ; douze régions sur treize sont impactées ! Ou qu’ils soient, les producteurs ne pourront pas tenir et préparer les récoltes de 2022 sans solidarité », a commenté ce 16 avril 2021 Christiane Lambert, en visite chez Matthieu Alix.

La présidente de la FNSEA attend des mesures d’urgence et bataille pour des choix structurels. « La réforme des systèmes assurantiels doit avancer ; aujourd’hui, seuls 2 % des arboriculteurs s’assurent. » Très concrètement, la Fédération plaide aussi pour le développement d’un service de météo agricole performant. « À la fin de mars, quelques climatologues avaient alerté sur l’épisode que nous venons de vivre. Cette information n’a pas été assez relayée ! »

L’aspersion est efficace mais coûteuse

Enfin, la profession attend un soutien aux investissements de prévention. Pour protéger les vergers, « l’aspersion est aujourd’hui la meilleure des solutions mais son coût est élevé », relaie Matthieu Alix. De fait, le syndicat des producteurs de fruits du Maine-et-Loire l’estime entre 8 000 et 14 000 €/ha. « Et cette option » rappelle-t-il, « nécessite d’avoir les volumes et les débits d’eau suffisants ».

Anne Mabire