Le Comité de l’évaluation des risques (CER) de l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) maintient le classement harmonisé actuel du glyphosate. Celui est ainsi classé dans deux catégories de danger : en tant que substance causant des lésions oculaires graves d’une part, et toxique pour la vie aquatique d’autre part. S’agissant de la cancérogénicité de l’herbicide, qui fait débat, le CER a conclu que « les preuves scientifiques disponibles ne répondaient pas aux critères pour classer le glyphosate comme cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction », a précisé l’ECHA dans un communiqué paru ce mercredi.

Une évaluation classique pour l’ECHA

Cet avis de l’ECHA a été adopté après analyse « d’études publiées sur le glyphosate » et des « rapports initiaux d’études menées par l’industrie », et après audition des parties prenantes au dossier. « Elle a suivi le processus normal », a déclaré Tim Bowmer , membre du CER, lors d’une conférence de presse tenue ce midi sur internet. Et à Jack de Bruijn , directeur de l’évaluation du risque à l’ECHA, d’ajouter, faisant suite à une question : « Nous sommes très confiants dans le fait qu’aucun lobby spécifique n’a pris de place » dans le processus d’évaluation. Et confiant aussi envers son équipe : « Nous avons soigneusement vérifié le fait que les membres du comité n’aient aucun conflit d’intérêts. »

Le danger et non le risque

Comme l’étude du Circ (Centre international de recherche sur le cancer) qui avait, elle, conclut à la cancérogénicité probable du glyphosate, l’ECHA a étudié les dangers liés au glyphosate. L’ECHA précise ainsi : « Le CER ne prend pas en compte la probabilité d’exposition à la substance et ne règle donc pas la question des risques d’exposition. »

Vers une ré-homologation ?

Dans un communiqué paru aujourd’hui, la Commission européenne a annoncé qu’elle « pren[ait] note de l’annonce faite par le CER de l’ECHA ». Elle attend sa version finale, attendue « avant l’été », après quoi elle reprendra ses « discussions avec les États membres concernant l’approbation du glyphosate comme substance active dans les produits phytopharmaceutiques ». Elle aura ensuite six mois pour statuer.

Pour Générations Futures, la lutte continue

L’annonce de l’ECHA a suscité la contrariété de l’association Générations Futures, pour qui « l’ECHA balaie d’un revers de la main les preuves scientifiques retenues par le Circ qui devraient logiquement permettre de classer le glyphosate comme probablement cancérogène pour l’homme et donc de l’exclure du marché européen ».

L’association, porteuse avec d’autres d’une campagne citoyenne européenne demandant l’interdiction du glyphosate, a par ailleurs rappelé qu’elle a « protesté les semaines dernières avec de nombreuses autres ONG européennes contre les méthodes de l’ECHA qui utilise des études non publiées fournies par l’industrie pour ses évaluations et dont certains membres du panel d’experts semblent bien dans des situations de conflits d’intérêts ». Son directeur, François Veillerette, a ajouté : « Nous sommes aujourd’hui révoltés par ces fonctionnements qui aboutissent à présenter le glyphosate comme sûr alors que de très récentes études montrent clairement sa dangerosité pour la santé humaine. Nous continuerons à nous battre pour faire évoluer le fonctionnement de ces agences et faire interdire le glyphosate au niveau européen. »

Des poursuites judiciaires contre l’Efsa

De son côté, Michèle Rivasi , député européenne, s’insurge contre la poursuite d’un mode de fonctionnement qu’elle avait, avec d’autres députés Verts-ALE, déjà dénoncé : « Cela fait maintenant un an aujourd’hui que nous demandons à l’Efsa [Agence européenne de la sécurité des aliments] de publier les études sur lesquelles elle s’est basée pour affirmer que le glyphosate n’est probablement pas cancérogène, explique-t-elle. L’Efsa ne nous a transmis que des bribes des études hier, ce n’est pas acceptable. »

La suite du combat est encore à déterminer, mais « nous allons […] considérer la possibilité de saisir la Cour de justice de l’UE », assure l’eurodéputée dans un communiqué paru aujourd’hui, avant de conclure : « Nous avons le droit de savoir comment les autorités européennes en viennent à dire qu’il n’est probablement pas cancérogène alors que l’OMS affirme le contraire. »

Une étude indépendante pour une « visibilité réelle »

Dans un communiqué paru le 16 mars, l’association Phyto-Victimes a rappelé les dommages du glyphosate sur la santé dans plusieurs pays : au Sri Lanka, « l’augmentation d’une maladie rénale, souvent mortelle » a conduit le gouvernement à interdire le glyphosate ; et en Argentine, qui consomme « 4 à 8 litre [de glyphosate] par hectare et par an », « les populations vivant à proximité des champs développent de nombreuses pathologies telles que des cancers, maladies neurologiques, accouchements précoces… ». En France, depuis 2015, le lymphome non hodgkinien est inscrit aux tableaux des maladies professionnelles pour le régime agricole, et le Circ a indiqué dans son rapport « qu’il pourrait y avoir corrélation entre exposition au glyphosate et lymphome non hodgkinien ». L’association, s’interrogeant, comme Michèle Rivasi, sur les études sur lesquelles l’ECHA s’est basée pour aboutir à ses conclusions, demande à ce que le glyphosate « soit évalué de manière indépendante » pour permettre « aux professionnels d’avoir une visibilité réelle sur la dangerosité ou non de ce produit et de garantir la sécurité sanitaire pour la population ».

Diffuser les méthodes alternatives

De son côté, Ségolène Royal a condamné, dans un communiqué paru le 16 mars 2017, la décision de l’ECHA. Elle « appelle les ministres européens de l’Environnement à continuer à s’opposer à la réapprobation de la substance ». La ministre de l’Environnement « invite toutes les parties prenantes, et en particulier les agriculteurs qui sont les premiers exposés aux effets des pesticides, à poursuivre leurs efforts pour développer et diffuser sur le terrain les méthodes alternatives permettant de se passer de ce pesticide. »

A. Cas.