Le rapport présenté le 20 septembre 2016 par la commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie réjouit en partie les associations de protection des animaux dites « welfaristes ». Parce qu’elles ne sont pas « abolitionnistes » de toute forme d’élevage, comme c’est le cas de l’association L214, à l’origine de la diffusion des images choc tournées en abattoir, elles militent en faveur de l’amélioration des conditions de vie des animaux d’élevage.

Compassion in World Farming France (CIWF France), Welfarm-Protection mondiale des animaux de ferme, l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA), la Fondation 30 millions d’amis et l’Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité (Afaad) avaient été sollicités par les députés dans le cadre des auditions. Chacune y a proposé des pistes d’amélioration, et peut se féliciter d’en voir apparaître certaines dans le rapport. Néanmoins, certains points restent décevants, notamment celui de la dérogation à l’étourdissement pour l’abattage rituel.

La dérogation à l’étourdissement modifiée, pas abolie

Le rapport ne préconise qu’une modification de l’article R. 214-74 du code rural, « afin de préciser que l’étourdissement réversible [qui ne provoque pas instantanément la mort de l’animal] et l’étourdissement postjugulation [qui rend les animaux inconscients quelques secondes après la saignée] sont possibles en cas d’abattage rituel. »

L’Afaad avait plaidé en faveur de ces pratiques, à défaut de mieux. Mais dans un communiqué du 20 septembre, elle regrette que la Commission d’enquête n’ait pas carrément aboli la dérogation à l’abattage sans étourdissement, et qu’elle « n’impose pas expressément de pratiquer un étourdissement réversible ou de soulagement ».

Même regret du côté du CIWF France, qui dans son communiqué également publié le 20 septembre, indique qu’elle aurait souhaité, a minima, que l’étourdissement postjugulation soit obligatoire, et réalisé en présence d’un vétérinaire.

« La question de l’étourdissement est le véritable point noir de ce rapport », tranche Welfarm-Protection mondiale des animaux de ferme dans son communiqué du 20 septembre. L’étourdissement systématique est une exigence forte de l’association, pour qui il s’agit « du seul moyen d’éviter aux animaux d’agoniser suite à la saignée ».

Les propositions de la commission d’enquête destinées à faire évoluer les conditions de l’abattage rituel contentent l’OABA, qui rappelons-le, est à l’origine de l’obligation par décret d’étourdir les animaux à l’abattage, depuis 1964. « Des techniques telles l’étourdissement réversible ou le soulagement pratiqué immédiatement après l’égorgement permettent de réduire considérablement la douleur et la longue agonie des animaux, estime-t-elle dans son communiqué du 21 septembre. Elles correspondent ainsi aux prescriptions religieuses juives et musulmanes, comme l’ont rappelé différents responsables des cultes lors de leurs auditions. »

La Fondation 30 millions d’amis attend que l’abattage des animaux sans étourdissement soit interdit, comme c’est le cas au Danemark, en Islande et en Norvège. Dans un communiqué du 20 septembre, elle accuse la commission d’enquête de refuser cette interdiction, précisant toutefois que le rapport préconise un encadrement par l’État de la formation des sacrificateurs, et que l’agrément religieux soit subordonné à la détention de cette compétence technique.

Un pas vers la proposition de loi

À l’unisson, CIWF France, Welfarm-Protection mondiale des animaux de ferme, l’OABA et l’Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité (Afaad) demandent à la commission d’enquête d’intégrer la proposition de loi déposée le 20 juillet par les députés Geneviève Gaillard (PS) et Jacques Lamblin (LR). Elles espèrent que le sujet de la souffrance des animaux lors de l’abattage sera rapidement abordé à l’Assemblée nationale.

L’OABA rappelle qu’en France, « aucune loi n’a jamais encadré les conditions d’abattage des animaux, ces dernières relevant actuellement d’un règlement européen et de simples décrets et arrêtés ministériels. »

Hélène ChaligneJournaliste du service de l’élevage