La lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) menée par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard se veut collective et à l’échelle nationale. C’est pourquoi, entre autres, la mesure d’abattage total vise à protéger les cheptels autour des foyers contaminés. Mais Jérôme Pinet, vétérinaire en Ariège, craint que le protocole imposant l'abattage total fasse renoncer certains éleveurs à déclarer des cas dans leurs troupeaux. « Dans le contexte actuel, si l'on continue d'appliquer le même protocole d'abattage total, le fait que se produise la situation où un éleveur n'appelle pas son vétérinaire lorsqu'il suspecte un cas dans son élevage pour éviter l'abattage de son troupeau n'est pas une hypothèse, c'est une certitude », écrit-il dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre samedi 20 décembre 2025 (1).

Citant, dans sa lettre, des avis de l'Efsa et de la Fédération des vétérinaires d'Europe, le vétérinaire plaide pour une adaptation du protocole associant un abattage plus ciblé, une vaccination « rapide, massive et obligatoire sur un territoire élargi » ainsi qu'un « blocage plus ferme et approprié des mouvements de bovins ».

3 ans d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende

La possible non-déclaration de cas de DNC par les éleveurs est une tendance qui a été observée sur les réseaux sociaux, où des éleveurs confiaient « hésiter » à déclarer les cas, si la maladie apparaissait dans leur cours de ferme. Pourtant, les risques sont gros. D’abord, les indemnisations peuvent ne pas être attribuées en cas de non-respect des mesures de lutte. À cela s’ajoutent des amendes en cas de transport, à hauteur de 750 euros par bovin.

Enfin, « s’il y a une contagion qui résulte d’un non-respect de mesures en termes de biosécurité suite à un arrêté préfectoral de déclaration d’infection, on est dans l’ordre de 3 ans d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende », rappelait le cabinet d’Annie Genevard lors d’un brief off le mercredi 17 décembre 2025.

Le virus persiste longtemps dans l’environnement

« Appeler à ne pas déclarer les cas est irresponsable et dangereux », dénonçait Stéphanie Philizot, présidente de la Société nationale des groupements technique vétérinaire (SNGTV), lors d’une conférence de presse le 16 décembre 2025.

La défense d’un troupeau individuel ne prend pas en compte celle des cheptels présnets alentour, selon elle. « Ils prennent des positions dangereuses, appuyait-elle. La persistance du virus dans l’environnement est très longue. Même s’ils ne déclarent pas, la maladie va continuer de revenir dans leur exploitation. »

La précocité de la détection de la DNC dans les fermes est cruciale dans la stratégie de lutte. « Cette précocité de détection est de la responsabilité des éleveurs, soulignait Stéphanie Philizot. L’absence de déplacements également. Si on n’a pas tous ces éléments, on n’y arrivera pas, vaccination nationale ou non. »

Malgré la vaccination déployée sur le sud-ouest de la France, des cas de dermatose nodulaire continuent d’émerger. Entre le temps d’une réponse immunitaire correcte au vaccin et le temps d’incubation du virus, « on commence à pouvoir respirer 60 jours après la phase vaccinale, estimait la vétérinaire. Avant ça, on ne peut pas considérer qu’il n’y a pas de risques. »