« Pour limiter les coûts, il faut réduire le temps à l'auge, déclare Jean-Michel Devynck, polyculteur et éleveur ovin à Esquelbecq, dans le Nord. Mes brebis passent donc une partie de l'année à l'herbe, avant la mise bas. Avec quatre périodes d'agnelages par an, les besoins fourragers sont étalés. »

En plus des 20 hectares de prairies, les 600 brebis disposent d'environ 20 ha de Cipan (1) pâturées ou récoltées et 3 ha de bandes enherbées récoltées.

« Je fais pâturer les Cipan pour avoir les coûts de production les plus faibles possibles, hormis quelques très bonnes terres que je fauche à l'automne et au printemps, détaille Jean-Michel Devynck. Par contre, ça m'oblige à poser des clôtures électriques. Je fais pâturer 10, 15 ou 20 ha suivant la vitesse de pousse et les conditions météo. »

En chiffres

• 30 ha de Cipan, dont

- 20 ha pâturés ou récoltés

- 10 ha de moutarde (broyés)

• 3 ha de bandes enherbées récoltées

La Cipan est semée une semaine après la moisson (à la fin de juillet). Les brebis font un premier passage sur la parcelle fin septembre. Avec une météo favorable, le pâturage peut se prolonger jusqu'à Noël.

A l'inverse, un automne trop pluvieux peut interdire l'accès à la parcelle : ni fauche ni pâturage, sous peine de pénaliser la culture suivante.Un engrais organique est parfois épandu juste avant le semis de la Cipan.

« Dans ces parcelles, je sème un ray-grass seul ou un radis fourrager. Là où je ne peux pas mettre d'organique (avant le lin par exemple), je sème un mélange contenant une légumineuse, souvent un ray-grass avec un trèfle incarnat ou un trèfle de Perse. »

Pâtures saines

La production moyenne est de 5 tonnes de matière sèche à l'hectare. « Les gains sont parfois supérieurs, notamment sur les parcelles qui peuvent être de nouveau pâturées au printemps, assure Jean-Michel Devynck. D'autre part, contrairement aux prairies permanentes qui peuvent contenir des parasites internes du mouton, les Cipan sont implantées sur des parcelles saines. »

Enfin, le pâturage des engrais verts laisse les prairies se régénérer pendant l'arrière-saison. Ce qui autorise leur exploitation hivernale avec un chargement faible.Pour pouvoir récolter les bandes enherbées avec sa faucheuse, Jean-Michel Devynck a adapté leur largeur : 6 mètres au lieu de 5.

« J'y sème un mélange de trèfle violet et ray-grass hybride, détaille-t-il. J'effectue deux coupes par an, qui coïncident en partie avec les fauches des prairies. Globalement, cela ne demande pas beaucoup plus de travail que de les broyer. »

La fauche des bandes enherbées présente même l'avantage d'une meilleure maîtrise des adventices par rapport au broyage souvent réalisé un peu tardivement. Sur ces surfaces, où engrais et phytos sont interdits, environ 4 à 6 t de matière sèche peuvent être récoltées chaque année.Le mélange est fané ou récolté en vert.

« Si les conditions météo l'autorisent, je récolte tous les jours du fourrage vert pour mes brebis en lactation. Avec la faucheuse avant et un round-baller à l'arrière, un passage de tracteur suffit. »

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(1) Culture intermédiaire piège à nitrates.

Un surcoût à rentabiliser

Dans l'optique d'une valorisation fourragère, les couverts sont plus onéreux que le strict minimum réglementaire.

« Les Cipan implantés chez Jean-Michel Devynck coûtent de 50 à 70 €/ha, contre 15 €/ha pour une moutarde semée à 8 kg/ha », estime Fabien Leleu de BPS Appro, fournisseur de semences fourragères.

Pour les bandes enherbées, l'investissement n'est pas forcément beaucoup plus élevé lorsqu'elles sont récoltées, mais elles restent en place moins longtemps.

« Une graminée seule (fétuque par exemple) semée à 10-15 kg/ha coûte 40 à 45 €/ha. Non récoltée, elle est souvent laissée sept à dix ans, contre quatre à cinq ans si on l'exploite. »

En tout état de cause, « le choix de l'espèce et de la variété est primordial pour l'optimisation des surfaces », insiste Fabien Leleu.

par Sébastien Chopin, Bérangère Lafeuille, Corinne Le Gall, Nicolas Levillain, Florence Mélix, Vincent Thècle et Cécile Vinson (publié le 7 mai 2010)