Branle-bas de combat pour le ministre de l’Agriculture et la secrétaire d’État au Numérique et à l’Innovation : l’agriculture française est en train perdre la mainmise sur ses big-data ou mégadonnées ! C’est la conclusion du rapport Bournigal sur l’AgGate (le portail de données agricoles) présenté le 10 janvier. Le rapport s’inquiète de l’appétit des opérateurs privés (coopératives, constructeurs de machines, négoces…) pour les données collectées chez les agriculteurs et auprès des organismes agricoles et leur volonté de les utiliser pour leur seul bénéfice.

Couper l’herbe sous le pied des géants de l’internet

Mais c’est surtout l’intérêt récent porté à l’agriculture par les Gafas (les géants de l’internet dont Google, Amazon, Facebook et Apple) qui doit inciter les pouvoirs publics à tirer la sonnette d’alarme. Selon Jean-Marc Bournigal, directeur de l’Irstea et responsable du rapport, « si l’agriculture française ne met pas tout de suite en place un portail pour gérer ses big-data, elles seront exclusivement aux mains de ces acteurs privés, ce qui nous inquiète pour l’indépendance des agriculteurs et la souveraineté alimentaire ».

Le rapport insiste donc sur la nécessité de créer rapidement un portail de données agricoles ouvert et public et de favoriser l’émergence de nouveaux services à partir des données du portail.

Cinq fonctionnalités sur le portail

Le rapport envisage cinq fonctionnalités pour cet AgGate :

1.Un «  guichet unique » pour l’accès à des jeux de données d’intérêt agricole, publiques et privées, qui restent stockées sur les plateformes de leurs propriétaires.

2. Un « magasin numérique » pour un retour rapide vers les fournisseurs de données. Cet espace offrira des outils simples de traitement (statistiques, géostatistiques) ou de présentation des données (cartographie…). Il pourra donner accès à des référentiels par région, par secteur, par type d’exploitation. Ce service gratuit sera destiné aux agriculteurs.

3. Un « cloud agriculteurs » pour héberger les données professionnelles des agriculteurs.

4. Un « espace d’échanges » entre acteurs de la profession agricole, pour partager expériences, savoir-faire, idées, etc. et pour créer une dynamique d’innovation.

5. Une « vitrine d’OAD » assortie d’une évaluation participative, espace dans lequel des outils d’aide à la décision (OAD) et les services existants sur le marché seront présentés et évalués ou commentés par les utilisateurs.

Les données pourront aussi être utilisées par les start-ups françaises développant des solutions pour l’agriculture.

Convaincre les agriculteurs

Il reste à convaincre les agriculteurs, qui génèrent et possèdent la plupart de ces données, de l’intérêt de mettre leurs mégadonnées à la disposition de tiers qui vont les valoriser sous forme d’outils d’aide à la décision. Selon Jean-Marc Bournigal, « il faut construire la confiance en confiant la gouvernance du système à la profession agricole et en ne dévoilant pas leurs données sensibles aux tiers non-autorisés. Il faudra aussi démontrer aux agriculteurs que la donnée n’a de valeur que lorsqu’elle est regroupée avec d’autres et partagée ». Un vaste programme qui commencera dès le prochain Sia avec un atelier visant à faire émerger une vision collective autour de ce projet de portail agricole ouvert.

Une délégation ministérielle au numérique

Parallèlement, Stéphane Le Foll a annoncé la création d’une délégation ministérielle au numérique. Son objectif sera, en partenariat avec le secrétariat d’État au numérique et à l’innovation et le secrétariat d’État à l’enseignement supérieur et à la recherche, d’organiser la mise en accessibilité des données publiques du ministère et d’accompagner la profession dans la mise en place d’un portail de partage de données.

C. Le Gall