Dans une tribune publiée le 23 octobre 2017 sur le site internet du magazine économique américain Forbes, Geoffrey Kabat, un épidémiologiste américain du cancer de l’Albert Einstein College of Medicine, présente plusieurs témoignages venant de scientifiques, lanceurs d’alertes et journalistes, mettant en cause la partialité des conclusions du Circ (agence de l’OMS) sur le glyphosate.

Des conclusions passées sous silence

Il rapporte tout d’abord le témoignage de Robert Tarone, ancien statisticien ayant travaillé la majorité de sa carrière à l’Institut américain du cancer, qui a examiné en détail les études citées par le Circ sur les animaux. Dans une publication parue en 2016, M. Tarone montre que le Circ a mis en évidence certains résultats positifs des études sur les rongeurs et, de manière flagrante, ignoré les résultats négatifs contradictoires des mêmes études. Selon le scientifique, un test statistique inapproprié aurait aussi été utilisé, rendant les données plus impressionnantes qu’elles ne l’étaient en réalité.

Accusation de conflit d’intérêts

Un deuxième témoignage incrimine Chistopher Portier, le conseiller spécial du panel du Circ ayant travaillé sur le glyphosate. Selon un blogueur utilisant le pseudonyme de Risk-Monger, qui a examiné les transcriptions d’une déposition liée à des affaires contre Monsanto, M. Portier aurait signé un contrat lucratif pour agir en tant que consultant en litige pour deux cabinets d’avocats qui se préparaient à poursuivre Monsanto au nom des victimes du cancer du glyphosate. « Le conflit d’intérêts financier de Portier a été confirmé par le journal britannique The Times », indique Geoffrey Kabat dans sa tribune.

Rapport final modifié

Troisième témoignage : le 19 octobre, l’agence de presse Reuters publiait une enquête dans laquelle la journaliste Kate Kelland, qui s’est procuré une version antérieure du rapport final publié sur le glyphosate, montrait que le document final avait subi d’importantes retouches. Ce rapport intermédiaire aurait conclu qu’il y avait « des preuves limitées de la cancérogénicité pour les animaux », alors que la conclusion du rapport final est qu’il existe « des preuves suffisantes de cancérogénicité pour les animaux ».

Or, comme l’indique Geoffrey Kabat dans Forbes, cette nuance est fondamentale, car la classification du glyphosate comme étant « probablement cancérogène pour l’homme » reposait entièrement sur la conclusion qu’il existait « des preuves suffisantes de cancérogénicité pour les animaux ».

Demande de transparence

Pour M. Kabat, ces révélations montrent clairement que, « lorsque d’importants enjeux impliquent des croyances puissantes ou des avantages financiers, […] ni les individus ni les organismes autorisés ne peuvent être considérés comme exempts de conflits d’intérêts ». Il conclut que la règle à suivre devrait être « Faites confiance mais vérifiez », ou plutôt « Méfiez-vous mais vérifiez ».

A.M.