L’association L214, qui milite pour le bien-être animal et l’abolition de la consommation de viande, demande au gouvernement d’interdire tout élevage de poules pondeuses en batterie d’ici à 2025 et lance une pétition à cet effet. Pour sensibiliser le consommateur à sa cause, elle diffuse, le 10 décembre 2017, des images de poules en mauvais état et de cadavres parfois en état de décomposition glanées à la fin de novembre dans un élevage des Côtes-d’Armor.

L’animateur Stéphane Bern prête sa voix et son image. L’association a indiqué à l’AFP son intention de déposer une « plainte pour mauvais traitements auprès du tribunal de grande instance du département des Côtes-d’Armor » et d’introduire « un recours en responsabilité contre l’État pour faute du fait de son inaction/tolérance aux manquements » dont s’est rendu coupable, selon elle, le propriétaire de l’élevage.

Une pétition pour Macron

« Pour encourager le gouvernement à prendre la décision d’interdire l’élevage en cage des poules pondeuses pour des raisons éthiques, nous lançons […] un site avec une pétition adressée au président Emmanuel Macron », indique l’association dans un communiqué diffusé le 11 décembre.

À quelques jours de la clôture des États-généraux de l’alimentation, L214 rappelle que lors de son discours d’octobre à Rungis, Emmanuel Macron avait pris position au sujet des œufs en cage. Il avait, devant les agriculteurs et les patrons de la grande distribution, rappelé son engagement pris pendant la campagne présidentielle « que les œufs vendus aux consommateurs ne seraient issus que d’élevages en plein air d’ici à 2022 ».

Les distributeurs bons élèves

Pour L214, cela constitue un « pas en avant », mais l’association souligne que « l’immense majorité des supermarchés s’y est déjà engagée » d’ici à 2020 ou 2025 et affirme que les volumes d’œufs de table vendus dans les supermarchés comptent « pour moins de 50 % de la totalité de la consommation d’œufs en France ».

Un chiffre presque en ligne avec les dernières données dont dispose le Syndicat national des industriels et professionnels de l’œuf (SNIPO), qui chiffre à 50 % les achats d’œufs coquille par les ménages français, à 38 % les œufs utilisés pour fabriquer des ovoproduits et à 8 % les œufs utilisés dans la restauration. L214 souligne que les œufs destinés à l’industrie et à la restauration, contrairement aux œufs de table, « sont commercialisés sans traçabilité du mode d’élevage pour le consommateur ». Elle estime que le projet évoqué par Emmanuel Macron ne va « pas plus loin que celui déjà affiché par l’interprofession ».

Si L214 se positionne ici en défenseur du bien-être des poules en exigeant du gouvernement qu’il bannisse les cages, et par conséquent, rende obligatoire l’élevage alternatif, l’association a vite fait d’en venir à sa marotte abolitionniste. Sur leur site internet, là où le consommateur est invité à signer en faveur des poules heureuses, il suffit de descendre un peu plus bas pour cliquer sur « cuisiner sans œufs ». Un petit cœur servant à illustrer le bouton du lien.

Le CNPO condamne l’élevage

Dans un communiqué du 11 décembre, l’interprofession de l’œuf souligne que la vidéo « ne reflète en rien les pratiques des éleveurs de la filière française ». Aussi le CNPO rejette-t-il « l’amalgame et la généralisation savamment orchestrée par quelques militants végans », estimant qu’ils cherchent « à faire croire qu’il s’agit de pratiques courantes dans la filière afin de discréditer le travail de milliers d’éleveurs français et ainsi promouvoir leur philosophie végane et l’arrêt de tous les élevages en France. »

S’agissant de l’exploitation visée par l’association, le CNPO admet que les conditions d’élevage des poules sont indignes. L’interprofession demande aux services de l’État une enquête « dans les plus brefs délais afin de vérifier la véracité des images diffusées par les militants végans », et indique qu’elle se réserve le droit de se porter partie civile dans le cadre d’une éventuelle action judiciaire si des manquements flagrants étaient confirmés.

Le CNPO rappelle que la filière a lancé un grand chantier baptisé contrat sociétal d’avenir pour répondre aux attentes des consommateurs. D’ici à 2022, elle s’engage, entre autres, à atteindre 50 % de poules pondeuses en élevages alternatifs aux élevages en cages aménagées.

La CFA inquiète pour les éleveurs

La Confédération française de l’aviculture (CFA) assure que L214 « fait dans le sensationnel pour servir sa cause : la destruction de l’élevage ». Comme le CNPO, la CFA juge choquantes les images diffusées par l’association, mais rappelle qu’elle ne sont pas le reflet des élevages avicoles français.

« Les pratiques de cette association, qui consistent à s’introduire par effraction chez les éleveurs, sont inacceptables et font peser constamment une menace chez les éleveurs », dénonce la CFA, avant de rappeler à son tour les projets de la filière des œufs en faveur du développement des élevages alternatifs aux élevages en cages aménagées. « Les investissements réalisés par les éleveurs de poules pondeuses pour se mettre aux normes depuis 2012 s’élèvent à près de 1 milliard d’euros auxquels il faut ajouter 500 millions d’euros pour atteindre les objectifs de mutation en élevage alternatif d’ici à 2022, calcule-t-elle. Face à cette réalité, le comportement d’associations comme L214 est inacceptable et contre-productif. »

Hélène Chaligne, avec l’AFP