L’agriculture de 2050 sera différente et résiliente… ou ne sera pas ! C’est en tout cas ce que prévoient les ingénieurs de Solagro appuyés par un conseil scientifique d’experts, qui se sont exercés à résoudre une équation aux multiples inconnues : quelle agriculture parviendra à nourrir davantage de bouches avec trois fois moins d’intrants chimiques, moins d’émissions de gaz à effet de serre et une pression grandissante sur l’eau et le foncier ?

La solution à cette équation s’appelle Afterres2050. Des premiers résultats avaient déjà été présentés il y a plus d’un an. Une nouvelle version consolidée qui traite les perspectives pour l’élevage, les cultures ou encore l’utilisation des sols, a été rendue publique ce 24 janvier 2017.

Production « intégrée » et bio seront dominants

Voici un zoom sur un des sujets de l’étude : une exploitation type de grandes cultures de la Picardie en 2050 qui compte aujourd’hui 170 ha, conduits avec des rotations sur 6 ans avec céréales à paille, colza, betterave, pomme de terre. Comment va-t-elle s’adapter pour supporter 2°C de plus et 17 % de précipitations en moins l’été ? Premièrement en avançant les dates de semis et de récolte, en diversifiant l’assolement et en utilisant massivement les légumineuses.

Une couverture du sol sera maintenue en permanence. Le travail du sol sera réduit, ce qui imposera de généraliser les couverts. Les exploitants passeront donc au semis direct sous couvert vivant, sans aucun travail du sol, mais conserveront quelques traitements phytosanitaires en secours. Le rendement en blé devrait même augmenter en moyenne de 5 % en 30 ans : en Picardie, les facteurs de hausse compensent les facteurs de baisse.

Selon Solagro, en 2050, les systèmes dominants seront l’agriculture biologique et la production « intégrée » (qui réduit l’utilisation d’intrants extérieurs à l’exploitation et valorise au mieux les ressources naturelles). Cette évolution sera à la fois choisie et contrainte, relèvent les auteurs, pour des systèmes plus résilients face au changement climatique : « En 2050, la température en été a augmenté de 2°C par rapport à 2015, et les précipitations entre mai et octobre ont diminué de 17 % ».

Sophie Bergot