L’Inra devrait déposer au CTPS (centre technique permanent de la sélection), trois nouvelles variétés de blé tendre dans le cadre du protocole d’essais en agriculture biologique mis en place en 2010. C’est ce qu’a indiqué Bernard Rolland de l’Inra de Rennes le 23 mars 2017. Il intervenait lors d’une table ronde sur « l’apport de la sélection en agriculture biologique pour les variétés conventionnelles » aux Rencontres scientifiques du FSOV (fonds de soutien à l’obtention végétale en céréales à paille).

Rien depuis six ans

Ces blés pourraient donc s’ajouter aux deux seules variétés estampillées « bio » du catalogue français, inscrites par l’Inra en 2012 (il s’agit d’Hendrix et de Sherzzo). « Pendant six ans, nous n’avons rien proposé au CTPS car les variétés avaient encore des défauts, développe Bernard Rolland. Avec ces trois nouveaux dépôts, on réamorce la pompe et l’objectif est d’inscrire 3 à 4 variétés de blé tendre « bio » par an. » En moyenne 35 variétés de blé tendre « classiques » sont inscrites chaque année au catalogue français.

Le développement de la gamme « bio » pourra venir aussi des semenciers. Lemaire Deffontaines envisage ainsi de déposer à l’automne une ou deux variétés adaptées au débouché « bio ». Pour Philippe Lemaire, PDG de la société implantée à Auchy-lez-Orchies (Nord), « le marché bio passe à la vitesse supérieure. Notre rôle est aussi de mettre au point des variétés pour l’agriculture biologique. »

« Il faut diversifier l’offre variétale, insiste également Laurence Fontaine, directrice technique de l’Itab (institut technique de l’agriculture biologique). Actuellement la moitié des variétés de blé tendre cultivées en bio viennent de l’étranger, notamment d’Autriche et de Suisse. « La bio sort du marché de niche et cela peut intéresser d’autres sélectionneurs de développer des variétés adaptées. » Et au niveau des bassins de captage, il y a maintenant nécessité de mettre moins ou pas d’intrants donc il peut y avoir d’autres débouchés que le bio.

Des points de rencontre entre le conventionnel et le bio

La table ronde a par ailleurs mis en lumière la complémentarité qui existe entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle. « Il y a de vrais points de rencontre entre le conventionnel et le bio au niveau de la sélection mais aussi de la recherche », souligne Laurence Fontaine. Bernard Rolland renchérit : « Des allers-retours entre la sélection conventionnelle et le bio existent et cette aptitude à la convergence sera utile à toutes nos agricultures. Notre recherche est certes encore un peu exploratoire mais, à moyen terme elle sera très prometteuse pour l’ensemble de la sélection et pas seulement pour le bio. »

Concernant les critères de sélection des variétés bio, « il reste encore une marge de progression sur le rendement et sur l’efficacité de prélèvement de l’azote dans le sol », estime Laurence Fontaine. Pour Philippe Lemaire, « concernant l’azote, un sujet majeur est de travailler sur le système racinaire des blés pour capter l’azote disponible dans le sol. On peut le faire pour le bio mais aussi pour le conventionnel car les contraintes sur l’azote augmentent. » > Philippe Collin, agriculteur bio en Haute-Marne et membre du réseau Farre, précise également que « ce qui est important c’est aussi d’avoir des plantes couvrantes et résistantes aux maladies. »

I.E.
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