« Si on peut tuer, on ne doit pas faire souffrir. L’enjeu est fondamental, il y va de la perpétuation de la filière », introduit le philosophe.

Il cite l’exemple du suisse Niels Müller qui, après 20 ans de végétarisme, élève et abat lui-même ses vaches. « Il a renoncé à son végétarisme car il a compris que son problème c’était de manger de l’animal torturé, pas de l’animal mort. Avec l’abattage éthique, on ouvre le dialogue. L’abattage n’est pas un meurtre dans ces conditions. »

Manipulation végane

Face aux vidéos diffusées par les associations de protection animale, Raphaël Enthoven en appelle au sens critique des citoyens. « Il faut penser contre soi-même et aussi contre ce que l’on voit. On a raison d’éprouver du dégoût devant ces images, mais tort de penser que toute la viande est issue d’animaux maltraités. Ces images ne disent pas qu’il ne faut pas manger de la viande. Manger de la viande et torturer un animal, ce sont deux choses différentes. » Et de dénoncer la manipulation à laquelle se livrent certaines associations, pour lesquelles « l’enjeu n’est pas d’informer les gens mais de marquer leur esprit ».

Le philosophe met également en lumière une contradiction propre au véganisme : « En demandant à l’homme de devenir herbivore alors qu’on ne demande pas la même chose aux animaux, on considère que l’homme est supérieur, car seul à être doté d’une morale. » On assiste à un « retour de la hiérarchie sous couvert d’un discours qui veut l’abolir ».

Penser contre soi-même

« Il faut regarder les images prises en abattoir, explique Raphaël Enthoven. Ça fait partie de ce qu’il faut savoir. Ne pas le savoir, c’est se contenter des apparences. »

Il rappelle que caricaturer l’adversaire ne mène nulle part. « Il est essentiel de prendre la mesure du dégoût de quelqu’un devant la viande. Il est absolument respectable d’éprouver cela. Il faut savoir accepter un autre discours que le sien. »

« Le débat est possible quand il cesse d’être un combat : manger de la viande n’est pas être un criminel, ne pas en manger n’est pas être un fanatique. Je ne suis hostile qu’au dogmatisme. J’en ai trouvé chez L214 et de l’autre côté aussi. Ce qui compte, c’est de remporter une victoire sur soi-même en étant capable de comprendre un argument différent du sien », conclut-il.

Valérie Scarlakens