Mercredi 29 juin, l’association de protection des animaux L214 publie encore des images issues de caméras cachées en abattoirs, filmées entre novembre 2015 et mai 2016. Sur le banc des accusés : l’abattoir de Pézenas (Hérault) et celui du Mercantour (Alpes-Maritimes). Les faits qui leur sont reprochés ? Maltraitance, étourdissement raté, violation de la réglementation, souffrance animale…

« Beaucoup de chevaux paniquent, décrit Rémi Gaillard, humoriste choisi par l’association pour commenter les images. Avant d’être égorgés, ils ont le crâne fracassé par un pistolet à tige perforante. Le but est de les rendre inconscients, mais les ratés sont fréquents, et la douleur aigüe. »

La veille, lors du débat sur l’abattage organisé par l’Association française des journalistes agricoles (Afja), ce sujet avait été abordé par l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir (OABA). Son directeur, Frédéric Freund, y rappelait que c’est elle qui, en 1964, avait obtenu le décret imposant l’étourdissement des animaux. « Quand ils disent que l’étourdissement, c’est enfoncer une tige dans le crâne de l’animal, forcément certains consommateurs se disent que si c’est ainsi autant qu’il n’y en ait pas, déplore-t-il. Pour nous, l’association qui a obtenu un décret sur ce sujet, ça fait mal. Si des choses faites par L214 permettent aux “welfaristes” de travailler derrière, beaucoup de déclarations sont erronées d’un point de vue scientifique et vétérinaire. »

L214 accuse l’État

Les images montrent aussi un tonneau d’abattage qui semble dysfonctionner, la mentonnière étant cassée. Pour saigner l’animal, les employés immobiliseraient l’animal à la main, avec une corde. « L’abattage rituel des bovins et des moutons donnent lieu à des images cauchemardesques », décrit L214 dans un communiqué de presse accompagnant la vidéo. Quant aux cochons, l’association assure que la pince électrique utilisée n’est pas adaptée et les chocs électriques inefficaces. « Les défauts de structure sont patents, dit L214. Les images ont été tournées après les audits mandatés par Stéphane Le Foll en avril 2016. Elles démontrent une nouvelle fois la défaillance des services de l’État dans le contrôle du respect des règles de protection animale. » L’association porte plainte pour maltraitance et actes de cruauté contre les deux établissements.

Dans la foulée, la Confédération paysanne a réagi par un communiqué de presse au titre plus que clair : « Maintenant ça suffit ! » Si le syndicat ne nie pas qu’il puisse y avoir des problèmes dans les abattoirs, il rappelle que cet acharnement des abolitionnistes de l’élevage « met en danger l’emploi paysan, notre modèle alimentaire, la vie de nos territoires ». En effet, les vidéos prennent pour cible de petits abattoirs, « plus vulnérables », tandis que, selon la Confédération paysanne, c’est l’industrialisation qui est source de souffrance pour les animaux, et pas seulement au moment de l’abattage.

Appel au calme

Les militants de l’association prévoient des manifestations devant des abattoirs le 30 juin. Toujours lors du débat de l’Afja, Étienne Gangneron, éleveur bio dans le Cher et vice-président de la FNSEA, avait appelé les défenseurs des animaux à ne pas s’y rendre. « Nous faisons tout pour dire aux éleveurs de ne pas y aller, dit-il. Nous l’avons déjà fait au Salon de l’agriculture, où un rassemblement était prévu. Nous avons fait passer le message aux associations de protection des animaux de ne pas venir, car il y avait des risques que la situation dérape. Les éleveurs sont dans une grande détresse. En voyant des gens arriver comme ça, la nuit, devant des abattoirs, ça peut mal se passer. Pour la paix sociale, je préfère conseiller aux associations de ne pas s’y rendre. »

Hélène ChaligneJournaliste au service de l’élevage