Janvier est le mois des vœux, mais aussi des prédictions. Si, pendant des siècles, les almanachs ont largement diffusé dictons météorologiques et prévisions astrologiques dans les campagnes, à partir du XVIIe, avec le développement des sciences, chercheurs, auteurs et politiques ont tenté de prévoir le futur, sans doute avec un peu plus de rationalité, mais non sans risques !

Dans son livre Tableau de Paris, publié en 1781, Louis-Sébastien Mercier imaginait que la chimie permettrait de nous nourrir. Un siècle plus tard, dans le même esprit, Marcellin Berthelot, chimiste et homme politique (il fut ministre de l’Instruction publique, puis des Affaires étrangères), dissertait devant la chambre syndicale des produits chimiques en l’an 2000. « Dans ce temps-là, déclarait-il, il n’y aura plus dans le monde ni agriculteurs, ni pâtres, ni laboureurs : le problème de l’existence par la culture du sol aura été supprimé par la chimie… C’est là que nous trouverons la solution économique du plus grand problème peut-être qui relève de la chimie, celui de la fabrication des produits alimentaires. » Il voyait l’homme du XXIe siècle se nourrissant de petites tablettes azotées. Ne nous moquons pas ! Au début des années 1970, certains imaginaient des steaks fabriqués à partir de dérivés du pétrole. Dans un reportage télévisé du magazine scientifique Euréka, titré bizarrement Sauvons le bœuf, l’un des dirigeants de l’Inra, Raymond Février, prévoyait que l’on pourrait rapidement insérer des substances chimiques pour donner du goût à des viandes artificielles…

Sans doute la chimie a-t-elle trop investi nos assiettes et nos méthodes de culture, mais pas autant que ne le prévoyaient nos prévisionnistes. Alors que se tient à Paris un sommet mondial de la biodiversité, l’on peut prévoir à l’avenir moins de chimie et de pétrole, et des progrès plus liés à l’évolution de ce que l’on appelait, dans le passé, les sciences naturelles. À moins que, sait-on jamais…, en ces temps si imprévisibles !

par Denis Lefèvre