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Trois conseils pour réussir la transmission de son élevage

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Cession - Trois conseils pour réussir la transmission de son élevage
Fixer le prix de cession avec le repreneur est une véritable « gymnastique ». © J.- Pierre Amet

Pour un éleveur, passer la main est loin d’être aisé. Plusieurs professionnels donnent leurs conseils pour se faciliter la tâche.

Si vous n’avez pas pu suivre la conférence de La France agricole au Space, ce 15 septembre 2021, sur la transmission des élevages, il est encore temps de vous rattraper avec cette sélection de trois conseils pour bien passer la main. Vous en trouverez d’autres dans notre hors-série « Transmission et Patrimoine » disponible sur le site editions-france-agricole.fr.

1. Faire le deuil de la valeur patrimoniale

Avant de s’accorder sur un prix de cession avec le repreneur, un travail d’évaluation de l’entreprise agricole à céder est essentiel. Et, sur ce point, la solution la plus favorable au cédant est loin d’être celle toujours retenue.

« On va chercher, aujourd’hui, un compromis entre la valeur patrimoniale et la valeur économique, explique Morgane Carn, directrice de service - Conseil économique agricole au Cerfrance Brocéliande. Pour trouver la valeur patrimoniale, on reprend l’intégralité des biens qui composent l’exploitation, ensuite on va les estimer en fonction de leur vétusté et selon leur adaptation au travail quotidien. Mais cette valeur patrimoniale présente parfois un décalage avec la valeur économique qui correspond au potentiel de rentabilité de l’activité. Cela consiste à regarder quelle activité est possible, et de déterminer à partir de celle-ci la rentabilité dégagée. »

« Actuellement, on est encore malheureusement bloqué sur des valeurs patrimoniales », regrette Jean-Yves Deslandes, référent en installation et transmission des élevages au groupe coopératif Eureden. Il est amené à évaluer des exploitations à la demande d’associés coopérateurs. « Généralement, on est déphasé par rapport à l’estimation patrimoniale, en raison de la vétusté et de l’état de l’entreprise, précise-t-il. Il y a des gens qui continuent d’investir et dont l’exploitation est, entre guillemets, “reprenable en l’état” et d’autres où certains travaux sont nécessaires. » Trouver le bon accord entre le cédant et le repreneur est une véritable « gymnastique », selon lui.

« On a la valeur économique des choses et les futurs travaux qu’il faut intégrer dans le prix de la reprise, précise Daniel Conan, ancien naisseur-engraisseur de porcs à Riec-sur-Bélon (Finistère). On aura du mal à expliquer à notre successeur qu’il va gagner de l’argent si on ne peut pas lui présenter les trois ou cinq derniers bilans positifs. C’est aussi simple que cela. »

« Ce sont quand même les bilans comptables ainsi que les résultats sur les dernières années qui vont permettre de vérifier si l’entreprise est transmissible », surenchérit Philippe Lescoat, enseignant-chercheur à AgroParisTech et fils d’éleveur.

Daniel Conan savait aussi qu’il devait intégrer la valeur de sa maison d’habitation, construite sur le site de l’exploitation, dans la valeur de la reprise. « Je ne vais pas me plaindre, toutefois son prix se rapproche plus d’un mobil-home que d’un chalet à la montagne. Cependant, je n’avais pas trop le choix. La ferme était vendue en un seul ensemble. »

2. Anticiper

Anticiper, c’est le maître mot d’une transmission réussie. Plus l’exploitant s’y prend tôt, plus il maximise ses chances de passer les clés de sa ferme dans les meilleures conditions, étant donné que la transmission guidera les investissements des dernières années.

Pour Morgane Carn, il faut distinguer deux périodes. « Une première phase qui se situerait dix ans avant la transmission consiste à visualiser les valeurs et l’organisation de son exploitation : Comment est détenu le foncier ? Quelles sont les volontés de tous les associés ? Car on peut avoir des personnes qui partent en retraite, comme d’autres qui ne sont pas arrivées à l’âge de départ. Ce sont des choses qu’il faut anticiper et partager au sein d’un projet commun. »

La réflexion doit aboutir à des décisions. Par exemple, « les choix d’investissements qui sont faits sur les dix dernières années et, éventuellement, la mise en place de dispositif d’optimisation fiscale ou de structuration juridique », détaille la directrice de service du Cerfrance Brocéliande. « Cinq ou trois ans avant, il est indispensable de travailler sur la valorisation de l’exploitation. Parfois, c’est la première découverte un petit peu brutale pour certains éleveurs quand vient la comparaison entre la valeur patrimoniale et la valeur économique », prévient-elle.

3. Soigner l’attractivité

Avec une moyenne d’âge élevée chez les exploitants, nombre de fermes devront prochainement être cédées. « La question du prix est importante, néanmoins ce n’est pas la seule. Le repreneur est attaché à un prix, mais il est aussi attaché à un lieu où il va venir s’installer. Parfois, un prix est annoncé par le cédant et il est accepté parce qu’il y a un coup de cœur pour le site. Et quelquefois, le prix est intéressant, par contre il n’y a pas de coup de cœur », indique Annette Hurault, conseillère en transmission à la chambre d’agriculture de Bretagne. « C’est comme si vous vendez une voiture ou une maison, il faut vraiment qu’elle soit propre et accueillante pour en espérer un meilleur prix. Me concernant, on a toujours maintenu en état car c’est quand même plus agréable de travailler dans un endroit propre et un peu fleuri », témoigne Daniel Conan.

Certaines décisions permettent d’habiller au mieux la mariée. « Parfois, des cédants ont préparé véritablement leur transmission à travers des échanges parcellaires ou, même, en achetant le foncier mis en vente par certains propriétaires afin de sécuriser le foncier pour le repreneur, souligne Annette Hurault. La motivation du cédant à travailler sur son exploitation jusqu’au bout de sa carrière est aussi un facteur de transmissibilité », révèle l’experte.

Alexis Marcotte

Quelle surface est recherchée ?

« On le voit au niveau du répertoire départ installation (RDI). Le premier critère que regardent les repreneurs, c’est la qualité du parcellaire », explique Annette Hurault, conseillère en transmission à la chambre d’agriculture de Bretagne. Elle précise que l’essentiel des repreneurs qu’elle rencontre ne vise pas forcément de « gros fonciers ». « La moitié (N.D.L.R. : des candidats inscrits au RDI) recherche entre 30 et 40 hectares. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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