Une valeur qui en complète trois

La valeur comptable

C’est la valeur des actifs de l’entreprise moins ses passifs tels qu’ils apparaissent dans le bilan comptable.

La valeur patrimoniale

Elle est déterminée en évaluant chaque bien à l’actif du bilan selon sa valeur vénale, c’est-à-dire sa valeur de vente théorique si le bien devait être vendu individuellement le jour de l’évaluation. Elle est réalisée le plus souvent par un expert foncier et agricole.

La valeur de rentabilité

Ici, c’est la capacité de l’entreprise à dégager des résultats en fonction de ses résultats historiques (les cinq dernières années par exemple) qui détermine sa valeur.

La valeur finançable

« La méthode de calcul part des besoins personnels financiers du preneur, son train de vie , explique Frédéric Richard, Consultant chez RF AGRI Consulting. On va calculer des minima de rémunération qu’il n’acceptera pas de baisser. » La valeur finançable est calculée à partir d’un excédent brut d’exploitation (EBE) potentiel réalisable.

La rémunération comme socle

Déterminer son train de vie

« Une exploitation ne peut pas être achetée ou vendue si on n’a pas un acheteur qui a les financements. » C’est de ce constat que l’entreprise RF AGRI Consulting justifie sa technique d’évaluation de la valeur finançable de l’entreprise agricole. Utilisée lors de la reprise d’une exploitation, elle permet au repreneur d’acheter à un prix (s’il est retenu, bien sûr, lors de la négociation avec le cédant) lui permettant de percevoir une rémunération suffisante eu égard à son train de vie et un niveau d’endettement ne devenant pas, à terme, un poids trop lourd à supporter.

Fixer des minima

Des besoins que de jeunes porteurs de projets ont du mal à connaître, selon Frédéric Richard. « Les jeunes agriculteurs de moins de 25 ans vivent généralement chez leurs parents. Lorsque nous les interrogeons, ils estiment souvent qu’ils auront seulement besoin de 500 ou 1 000 euros par mois pour vivre. Nous estimons avec eux leurs besoins, combien coûte l’entretien d’une maison et veillons à ce qu’ils ne dépassent pas un taux d’endettement personnel de 33 %. Ensuite, on estime un montant de prélèvements privés qui peut être de 2 000 à 3 000 euros par mois avant impôts. Ce sera le budget minimum à extraire de l’entreprise qu’ils vont reprendre » , précise Frédéric Richard. La condition pour une «  entreprise pé­renne », d’après lui.

Financements à ficeler

Des conditions qui se renforcent

Trop de dossiers d’installation aidés ou non ne seraient pas suffisamment ficelés­ sur le plan économique et financier. Un défaut qui se paye parfois cher les années suivantes. C’est le constat que dresse RF AGRI Consulting dans son activité de restructuration d’entreprise. « On intervient trop souvent dans des dossiers où les jeunes sont installés depuis deux ou trois ans. Cela montre­ que quelque chose a été loupé quelque­ part. »

Frédéric Richard pointe en particulier le parcours à l’installation et les acteurs qui y interviennent. « Les schémas institutionnels ont besoin d’installer des jeunes, de faire du dossier pour du dossier. Aujourd’hui, les seuls qui commencent à s’écarter de cette vision sont les banques. » Les contraintes de financement devraient être de plus en plus resserrées à l’avenir, selon lui.

« La valeur de reprise représente habituellement la plus grande charge de l’entreprise, et pendant très longtemps. C’est donc important de ne pas se tromper dès le départ, insiste le consultant. Une fois l’engagement pris, il est pris. Il ne faut pas que le rêve de l’installation ne se transforme en cauchemar. Le prix doit coller aux possibilités de développement, de rentabilité et de rémunération de l’outil. »

Alexis Marcotte

L’expert
« L’exigence d’un apport à l’emprunt est de plus en plus fréquente » Frédéric Richard, consultant chez RF AGRI Consulting

« Je ne comprends pas que l’on puisse s’installer avec zéro apport aujourd’hui. L’apport, c’est un engagement du preneur, cela montre qu’il a évalué ses risques et ses devoirs.

On sait aussi très bien qu’à 20 ans, on n’a pas d’apports. L'exiger obligerait des jeunes à travailler à l’extérieur, à acquérir de l’expérience, de la maturité, à gagner des revenus, pour constituer un apport et s’impliquer dans une entreprise.

Il y a donc un juste milieu à trouver car si on en demande trop, il n’y aura plus d’installations. Actuellement, les banques ne demandent pas énormément, mais l’exigence d’un apport à l'emprunt est de plus en plus fréquente. Cela va dans le bon sens. »