Inspiré par « l’année d’essai » lancée en Haute-Savoie en 1991, Gaec & Sociétés développe le « droit à l’essai ». Ce dispositif permet aux futurs associés de valider leur projet d’association avant de s’engager ensemble. Il peut aussi être envisagé dans le cadre d’une transmission. La Bretagne s’est lancée dans cinq expérimentations en dehors du cadre familial en 2020.

Signature d’un contrat

Guirec Ollivier fait partie des candidats ayant testé le dispositif en 2020 dans les Côtes-d’Armor. Souhaitant s’installer comme éleveur porcin après douze années de salariat, il rencontre Philippe Clatin par le bouche-à-oreille. Cet éleveur de porcs avec transformation à la ferme, situé à seulement quelques kilomètres de chez lui, recherche au même moment un associé pour l’épauler sur l’élevage et s’est inscrit au Répertoire départ installation (RDI). La chambre d’agriculture propose au duo d’expérimenter le « droit à l’essai ». « Au premier entretien, nous expliquons aux futurs associés l’objectif de cet accompagnement qui est de prendre le temps nécessaire de construire un projet harmonieux, explique Nabila Gain, la conseillère en relations humaines aux chambres d’agriculture de Bretagne qui a accompagné Guirec et Philippe. Ce dispositif permet d’entrer dans un protocole de questionnement. »

Lever les blocages

Philippe et Guirec décident de signer un contrat de parrainage pour un an, qui permet à Guirec d’acquérir le statut de stagiaire et de bénéficier d’une rémunération versée par Pôle emploi. En parallèle, ce dernier poursuit son parcours à l’installation. L’accompagnement commence par des entretiens individuels. Différents aspects y sont abordés : les qualités attendues du futur associé, la vision du métier, les tâches préférées et celles moins appréciées. « Cela permet de questionner sur les non-dits et les ressentis, note Nabila Gain. On identifie ainsi les points qui vont soulever problème comme la répartition des tâches, le temps de travail, la rémunération, ou encore la répartition du foncier. Autant de questions qui méritent d’être éclaircies avant l’association. »

Échanges communs

S’ensuit un travail de mise en commun et de questionnement sur les points divergents et convergents de chaque associé. Pour Philippe et Guirec, les échanges ont permis de mettre au clair une nouvelle répartition du travail avec l’objectif commun de convertir l’exploitation en bio. « On se propose aussi d’entendre toutes les personnes concernées par la future société, indique Nabila Gain. Les salariés, les conjoints, ou les parents s’ils sont encore sur la ferme. » Cette phase de questionnement dure au moins six mois. « Une durée nécessaire pour décanter les choses et avancer », poursuit Nabila Gain.

Jamais un échec

Les associés peuvent construire leur plan d’action et hiérarchiser les points urgents à résoudre. « Ils clarifient aussi les règles de fonctionnement qui intégreront leur futur règlement intérieur. Ces moments d’échanges leur donnent aussi l’habitude de prendre le temps de discuter ensemble. »

« Si l’association ne fonctionne pas à l’issue de l’expérience, elle pourra tout à fait fonctionner avec une autre personne, observe Nabila Gain. Les associés savent ce qu’ils attendent d’un futur collègue. » Pour Philippe et Guirec, l’essai est transformé. Ce dernier rejoindra officiellement la société en avril 2022.

Alessandra Gambarini