Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

De l’irrigation pour sécuriser une ferme bio

réservé aux abonnés

Elevage ovin - De l’irrigation pour sécuriser une ferme bio
« En construisant nous-mêmes cette nouvelle bergerie avec mon père, nous avons économisé de quoi financer le séchage en grange », relève Yannick Charbonnier. © Frédérique Ehrhard

Yannick Charbonnier élève des brebis laitières en Lozère depuis vingt ans. Pour s’adapter au réchauffement climatique, il va construire un bassin de stockage d’eau.

« En 1991, quand mes parents ont envisagé de se convertir à l’agriculture biologique afin de mieux respecter l’environnement et la santé, nous en avons discuté. Je n’avais que 17 ans, mais j’étais déjà bien décidé à devenir éleveur », se souvient Yannick Charbonnier, qui élève aujourd’hui 600 brebis laitières de race lacaune à Grèzes, en Lozère.

Trouver des débouchés

À l’époque, il n’y avait pas de collecte de lait de brebis bio dans le département. « Mes parents ont continué à livrer une laiterie fabricant du roquefort AOP. Mais leur lait était valorisé au prix du conventionnel. Avec trois autres éleveurs, ils ont cherché d’autres débouchés et contacté un industriel de Savoie qui travaillait du lait bio », raconte-t-il. Intéressé, celui-ci a créé un petit atelier de fabrication de fromages et de glaces au lait de brebis en Lozère.

Le séchage en grange sécurise la qualité du foin de luzerne. Pour économiser l’énergie, l’air chaud utilisé est récupéré sous le toit de la bergerie. © F. Ehrhard

Des choix à faire

Ce débouché s’est développé. En 2000, alors que Yannick allait s’installer, ses parents livraient 70 000 l à cet atelier et 50 000 l à la laiterie. Celle-ci leur a alors demandé de lui apporter toute leur production. « Nous avons dû faire un choix. Autour de nous, nous entendions dire que le bio n’était qu’une mode. Nous avons malgré tout décidé de poursuivre dans cette voie, en prenant le risque de lâcher notre référence en roquefort, qui était pourtant une valeur sûre. »

En 2001, Yannick s’est installé en Gaec avec ses parents. Cette même année, l’industriel de Savoie a décidé de vendre son atelier. Heureusement, le groupe breton Triballat Noyal s’est porté acquéreur. Celui-ci a ensuite investi dans de nouvelles installations en Lozère afin d’y produire des yaourts au lait de brebis, vendus en magasin bio sous la marque La Bergerie de Lozère et en supermarché sous la marque Vrai. « Nous n’avons pas perdu au change, apprécie Yannick. C’est une entreprise qui prend en compte les salariés comme les producteurs. Elle revalorise régulièrement ses prix d’achat pour tenir compte de la hausse de nos coûts. Nous obtenons ainsi une marge qui nous permet d’investir. »

Ses parents avaient deux troupeaux de 250 brebis qu’ils trayaient à deux saisons différentes afin d’approvisionner chacun de leurs débouchés. « En 2003, nous les avons rassemblés en un seul troupeau et nous avons recalé le démarrage de la traite début novembre. Puis nous avons augmenté l’effectif à 600 brebis », précise Yannick.

Afin de constituer des stocks suffisants pour l’hiver, il mise sur les méteils et la luzerne ainsi que sur le maïs. « C’est une plante qui équilibre bien la ration à base de luzerne en apportant de l’énergie. » À la mi-avril, les brebis débutent le pâturage. En juin, alors que la sécheresse commence à réduire la pousse de l’herbe, l’éleveur les tarit. Les bêtes trouvent ensuite leur ration d’en­tretien sur les pâtures et les parcours boisés.

Préserver l’autonomie

« Ici, il a toujours fait sec l’été. Mais depuis cinq ou six ans, le déficit hydrique s’aggrave, constate Yannick, qui s’inquiète de cette évolution. Les regains se réduisent et les troisièmes coupes se font rares. » Pour compenser, il est obligé d’acheter du foin de luzerne alors qu’auparavant il était autonome. « Il y a trois ans, j’ai fait réaliser des études d’impact, puis j’ai monté un dossier pour créer un bassin de stockage d’eau de 25 000 m³. Cet été, j’ai enfin reçu l’autorisation de la préfecture ! »

Installé en fond de vallée au pied d’un bassin-versant de 280 ha, ce bassin sera rempli par les pluies hivernales. Il permettra d’arroser 25 ha de maïs, de luzerne et de mélanges à pâturer. L’investissement prévu est de 600 000 €. « C’est beaucoup. Mais avec des achats de fourrages qui atteignent 60 000 € les années sèches, cela vaut le coup, relève-t-il. Je pourrai ainsi produire sur place ce dont j’ai besoin au lieu de faire venir des camions de l’autre bout de la France. » Une fois le financement bouclé, il prévoit de réaliser les travaux en 2021. « C’est le maillon qui me manquait pour m’adapter au réchauffement et sécuriser mon élevage », lance Yannick. Ses enfants sont encore trop jeunes pour choisir leur métier, mais l’éleveur tient à préparer l’avenir.

Frédérique Ehrhard

Réduire la pénibilité

De 1998 à 2003, Yannick Charbonnier et son père ont construit une nouvelle bergerie. « Avec l’argent économisé grâce à l’autoconstruction, nous avons financé le séchage en grange », note-t-il. En 2005, son père est décédé. Il a fallu embaucher un salarié. Après le départ en retraite de sa mère, l’éleveur arrive à faire tout le travail avec lui. La bergerie est équipée de trois tapis d’alimentation qui distribuent la ration complète préparée dans une mélangeuse. « Avec 2 x 28 postes, une personne seule trait 550 brebis en une heure. Cela nous permet de nous remplacer le week-end », apprécie Yannick, qui s’est également équipé d’une pailleuse automotrice pour faciliter son quotidien.

L’exploitation

À Grèzes, en Lozère. Altitude : 900 m. SAU : 240 ha en bio.

Assolement : 35 ha de méteils, 10 ha de maïs, 130 ha de luzerne, 15 ha de pâtures, 50 ha de parcours boisés.

Cheptel : 600 brebis, 45 béliers, 200 agnelles de renouvellement.

Main-d’œuvre : 2 UTH.

Lait : 360 l/brebis.

Agneaux : 13 à 14 kg vif à 4 semaines.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !