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Autonomie et qualité de vie en élevage laitier

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Évolution - Autonomie et qualité de vie en élevage laitier
Aymeric Morel (à gauche) et François Grange placent en tête de leurs objectifs la qualité de vie à la ferme. © Bérengère Lafeuille

Avec un système économe, le Gaec des Chartreux rémunère deux UTH (unité de travailleur humain) avec quarante-cinq vaches laitières, en modérant le temps de travail.

François Grange et Aymeric Morel sont associés dans le Gaec des Chartreux à Frontenas (Rhône). Le premier a repris la ferme laitière de ses parents et l’a convertie au bio après leur départ en retraite – eux « ne voulaient pas en entendre parler ». Le second, fils de viticulteur, n’a « jamais eu le virus de la vigne ». Arrivé sur la ferme en 2003 comme apprenti, il est devenu salarié à mi-temps, puis à plein temps avant de s’associer à François en 2016.

Tous deux ont pour maîtres mots autonomie et qualité de vie. Ainsi, ils travaillent en moyenne 50 à 55 heures hebdomadaires, lèvent le pied un week-end sur deux et s’offrent trois semaines de vacances par an. « On vise 6 000 l de lait vendu par vache, soit 7 000 l au contrôle laitier, résume Aymeric. Cela ne nous intéresse pas d’en faire le double : on n’aurait pas de quoi nourrir des hautes productrices. »

Des sols séchants

Avec 45 laitières sur une centaine d’hectares, le Gaec a moins de marge qu’il n’y paraît. « Nos sols séchants et caillouteux ne retiennent pas l’eau, souligne François. Sur nos 42 ha de prairies permanentes, on fait une seule coupe et on récolte 2 à 2,5 t de MS/ha. On est obligés d’avoir un faible chargement. »

Les vaches laitières sont issues de croisements multiraces, avec une base de prim’holstein. © Bérengère Lafeuille

Le parcellaire groupé, avec 60 ha accessibles aux vaches, permet de maximiser le pâturage. Les vaches sortent mi-mars et sont au régime tout herbe du 15 avril au 15 septembre. Elles passent la nuit en bâtiment à partir de septembre, cependant l’hivernage débute « le plus tard possible », autour du 15 novembre. Les génisses valorisent les parcelles les plus éloignées. Elles vêlent à trois ans, sans être poussées et sans coûter trop cher. Depuis deux ans, le troupeau passe en monotraite en août, lorsque la moitié des vaches sont taries. « On nous avait prédit des problèmes, mais cela stresse plus les éleveurs que les vaches, témoigne François qui n’y voit que des avantages. Cela allège le travail de celui qui n’est pas en vacances, à un moment où l’herbe vient à manquer. »

L’exploitation est quasiment autonome. « En année normale, on n’achète que des minéraux, du sel et un peu de paille », indique François. Le foin, riche en légumineuses et séché en grange, est seulement complété par des céréales et du maïs épi. D’une année sur l’autre, la quantité de pluie tombée change complètement la donne. Les éleveurs s’adaptent en jouant sur divers leviers. « Le maïs nous sert d’assurance, précise Aymeric. Les années sèches, on l’ensile en plante entière : cela nous fait gagner 20 à 30 t de MS (matière sèche). Un étang sur la ferme permet de l’irriguer. Il a une capacité de 20 000 m3, néanmoins on en passe au maximum 6 000 ou 7 000 m3, avec trois passages autour de la fleur. Cette année, on n’a pas irrigué. » Le souci de modérer leur impact sur la ressource rejoint l’objectif d’économie et de qualité de vie : « On irrigue avec le tracteur : cela prend du temps et consomme du gasoil. »

L’autonomie alimentaire remonte jusqu’à l’autoproduction de semences, notamment pour les maïs. © B. Lafeuille

Production de semences

« Ces dernières années, le sorgho fourrager irrigué a aussi permis de pallier un peu le manque d’herbe, complète François. Et on adapte les effectifs en réformant plus de vaches ou en vendant des génisses. » Tout cela n’a pas empêché le Gaec de devoir acheter 10 t de luzerne en 2017. « En revanche, cette année, grâce à la pluie, on a fait du stock pour deux ans », révèle Aymeric. La grange étant déjà remplie, le matériel a été sorti du hangar afin d’y stocker des balles enrubannées.

L’autonomie est pensée jusque dans la production de semences : les éleveurs cultivent des blés anciens ainsi que des maïs population qu’ils ressèment d’année en année. « Les rendements sont un peu plus faibles qu’avec des hybrides, mais on est autonomes », explique François, qui prend plaisir à sélectionner les plus beaux épis dans les champs, avant la récolte.

Les rares trous de leur emploi du temps sont occupés par la vente directe : de la farine de blés anciens, des steaks hachés de vaches de réforme et un peu de pommes de terre. « On délègue la transformation et on ne fait aucune livraison, conclut-il. L’ensemble ne représente que quelques pourcents du chiffre d’affaires et du temps de travail. Cela nous permet surtout d’avoir un lien avec les consommateurs. »

Bérengère Lafeuille

Croisements multiraces

Le troupeau bigarré est le fruit de croisements multiraces. « La base est de la prim’holstein, pour assurer un certain niveau de production, et on la croise avec plein d’autres races : simmental, montbéliarde, vosgienne, abondance, normande…, détaille François Grange. On utilise cinq ou six races différentes chaque année, sans suivre de schéma de sélection établi. On choisit pour chaque vache, un mâle qui peut corriger ses défauts. Sur une vache un peu trop sèche, on mettra de l’abondance ou de la normande. À l’inverse, sur une vache trop typée viande on remettra un peu de prim’holstein. »

L’exploitation

À Frontenas (Rhône).

SAU de 107 ha, dont 82 ha d’herbe (42 PP et 40 PT), 17 ha de céréales
(pour moitié autoconsommées), 4 à 5 ha de maïs, 3 ha de sorgho fourrager
et 0,3 ha de pommes de terre.

• Cheptel : 45 vaches laitières. 280 000 l de lait bio livrés à Biolait.

• 2 UTH

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Cet article est paru dans La France Agricole

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