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Au rythme des brebis et des saisons

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Installation atypique - Au rythme des brebis et des saisons
Après avoir été bergers salariés puis bergers sans terre au Pays basque, Pierre et Priscilla se sont installés avec l’appui du mouvement citoyen Terre de Liens. © Berengère Lafeuille

Anciens bergers sans terre, Priscilla Ponthieux et Pierre Blondiaux se sont établis dans l’Ain avec leurs brebis et chèvres rustiques.

La ferme s’appelle « Au rythme du troupeau ». Ainsi vivent Priscilla Ponthieux et Pierre Blondiaux, depuis le jour où ils ont par hasard endossé le rôle de berger. Ni enfants de paysans, ni enfants du pays, c’est une longue transhumance qui les a menés avec brebis et chèvres au Haut-Valromey, dans l’Ain.

La révélation

Pierre a une formation de paysagiste, Priscilla de maraîchère. Ils cherchaient leur voie dans le parc des Écrins quand un ami berger s’est blessé. « On l’a remplacé : ça a été la révélation !, se souvient Pierre. On s’est formés en enchaînant stages et bénévolat dans toute la France, avant de travailler deux ans comme bergers salariés. » En 2008, le couple a répondu à l’annonce d’un berger sans terre, au Pays basque, qui vendait 200 brebis laitières et un cayolar (cabane de berger). « Ce statut spécifique au Pays basque et au Béarn permet de s’installer avec les aides (DJA) sans foncier, avec un nombre minimum de mères, explique Pierre. Avec le cayolar, payé 50 000 €, on avait un parcours de 150 ha appartenant au syndicat de vallée. Il était accessible du 1er mai au 31 octobre. Il fallait redescendre l’hiver en plaine, où les brebis étaient traites. »

Les races choisies (pyrénéenne croisée rove pour les chèvres en photo) sont peu productives mais rustiques, avec de bonnes qualités fromagères. © Berengère Lafeuille

Insécurité foncière

Cinq années se sont écoulées. « La cabane était confortable et le GR10 amenait des randonneurs qui achetaient nos fromages, raconte l’éleveur. Mais on voulait retrouver un travail d’alpage et arrêter de produire à contre-saison. » À l’arrivée des enfants, le couple a aussi eu besoin de sécurité. « L’hiver était source de stress, témoigne Priscilla. Tout étant verbal, on n’avait aucune garantie de retrouver des terres l’hiver suivant. »

« Après avoir cherché ailleurs, on a été orientés sur l’Ain, reprend Pierre. Ici, on a eu le coup de cœur. L’altitude de 900 à 1 300 m nous convenait. La surface aussi, avec 156 ha groupés, dont la moitié en parcours, combes et bois. Les terres étaient peu productives mais saines. La ferme étant bio, on n’avait plus qu’à convertir notre cheptel. Ne voulant pas du foncier, on a pris contact avec Terre de liens (1), qui a acheté les terres et le bâtiment pour nous les louer via un bail environnemental. Et nous avons investi dans l’outil de transformation. » Il sourit : « On ne veut pas capitaliser, pour que la ferme reste facilement transmissible. Mais ce choix de rester détaché du foncier étonne souvent. »

Ils ont aussi surpris les gens du pays en ramenant leurs brebis manechs tête noire et leurs chèvres roves. « Ce ne sont pas de hautes productrices mais elles ont des qualités fromagères et elles sont rustiques. Le vétérinaire vient moins pour le cheptel que pour les quatre chiens de protection. »

Depuis huit ans, Pierre et Priscilla sont installés dans l’Ain avec leur cheptel, dont une partie pratique encore la transhumance. « Après deux mois sous leur mère, les agnelles passent un an et demi chez des céréaliers de l’Yonne, explique l’éleveur. Elles reviennent pour la mise à la lutte. Les chevrettes partent dans une ville de mai à octobre, où elles entretiennent les espaces verts. » Avant, tout le troupeau partait en transhumance dans l’Yonne de décembre à mars. « À cause des sécheresses, il n’y a plus assez de fourrages là-bas. »

Impact de la sécheresse

Il faut se contenter des ressources sur la ferme, elle aussi frappée par les sécheresses. « Au début, je récoltais jusqu’à 2 t/ha, se rappelle Pierre. Aujourd’hui, c’est moitié moins. Alors on s’adapte. » En avançant les agnelages et surtout en réduisant le troupeau : de 270 à 240 brebis et de 60 à 20 chèvres. « On a même testé la monotraite, mais ce n’est pas rentable. Cette année on veut maintenir la double traite durant les cinq mois de production. »

La fabrication fromagère a aussi évolué. « Contrairement au Pays basque, on affine en cave naturelle humide, ce qui donne des tomes à croûte fleurie supportant un affinage long, jusqu’à dix-huit mois. Cela permet d’avoir des fromages à vendre tout l’hiver, en attendant que reviennent les fromages frais et les yaourts en mars. » La moitié des produits est vendue à la ferme, l’autre en magasins bio et Amap. Depuis deux ans, l’accueil à la ferme se développe. « Notre système n’est pas figé : c’est ce qu’on aime, souligne Pierre. Mais c’est aussi ce qui gêne certains financeurs, qui voudraient des prévisions chiffrées sur plusieurs années. »

Bérengère Lafeuille

(1) Mouvement citoyen facilitant l’accès à la terre.

L’exploitation

Au Haut-Valromey, dans l’Ain

Surface : 156 ha dont 80 ha de prés de fauche et pâture (MAEC prairie fleurie), 20 ha de bois et taillis, 56 ha de parcours

Main-d’œuvre : Pierre Blondiaux et Priscilla Ponthieux

Cheptel : 240 brebis manechs tête noire, 20 chèvres roves

Production : 75 l/brebis/lactation. 10 lactations en moyenne

Transformation du lait en yaourts et fromages frais et secs.

Accueil à la ferme : table d’hôtes en hiver, casse-croûte paysan en été, visites toute l’année sur réservation.

« Paysans de nature »

Se revendiquant « paysans de nature », le couple travaille souvent avec des naturalistes. Par exemple pour recréer des gouilles (mares) ou pour inviter du public à observer les chouettes. « On a aussi œuvré avec le Conservatoire des espaces naturels (CEN), raconte Pierre. Ici, les hêtres colonisent les lisières et, par endroits, le sol ne voyait plus la lumière. On ne voulait pas débroussailler à la machine et les brebis n’étaient pas assez lourdes pour ce travail. Le CEN nous a prêté 50 ânes pendant trois mois sur trois ans. Ensuite, nous avons acquis trois chevaux koniks polskis, qui passent l’année dehors et font le travail d’entretien. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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