Installé en 1987 à Petit-Caux (76), Christian Defrance a orienté son exploitation sur la production de plants de pommes de terre et les grandes cultures tout en conservant un petit élevage de charolaises, hérité de son père. L’an dernier, à 64 ans, celui-ci a cédé l’exploitation familiale à ses deux fils : Mathieu et Thibault. Une transmission familiale qui est loin de rimer avec une reprise à l'identique du système d’exploitation.

Un tournant

Premier bouleversement lorsque Christian convertit l’exploitation à l’agriculture biologique, à la demande de ses fils. « Nous avions le souhait de donner une orientation écologique à la ferme tout en nous ancrant dans la société en développant les circuits courts », explique Mathieu. Une conversion qui implique pour Christian l’arrêt de la production de betteraves et de plants de pommes de terre, faute de débouchés, durant les trois années de conversion.

Aujourd’hui, les grandes cultures sont encore présentes, mais un hectare est consacré au maraîchage. La production de plants a laissé place à la culture de pommes de terre de consommation. « Les infrastructures étaient existantes, explique Mathieu. Cela aurait été dommage d’abandonner. » Les charolaises seront bientôt remplacées par des vaches kiwi, une race mixte, plus rustique et qui valorise mieux l’herbe. Et la viande est désormais vendue en direct.  « Je me suis dit que ça allait être compliqué de changer le système, se souvient Christian. J’étais inquiet quant au fait qu’ils réussissent à se tirer un revenu. Puis je me suis raisonné : ils ont fait des études, ils ont une expérience professionnelle extérieure, ils ont des capacités de rebonds. »

Une opportunité

Car Mathieu et Thibault, âgés respectivement de 40 et 35 ans ne se prédestinaient pas à s’installer. « Agriculteur, c’était un rêve de gamin que j’avais laissé de côté, raconte l'aîné. Sans cette exploitation, je ne me serai pas forcément installé, et encore moins seul ». Après des années dans le secteur de la méthanisation et l’énergie, le déclic vient à Mathieu à l’approche du départ en retraite de son père. Le projet se construit dans un premier temps entre les frères, sans concerter Christian. « Nos premiers échanges ressemblaient plutôt au village des Schtroumpfs, plaisante Thibault, enseignant en école primaire pendant dix ans. Nous avions une vision assez idéalisée. Au début, nous voulions faire uniquement du maraîchage, mais notre père a su nous rassurer sur les grandes cultures. Il a contribué à mûrir notre projet. » Un projet d’installation qui n’aurait probablement pas vu le jour sans cette opportunité de reprise. « Christian a été notre principal banquier, poursuit Thibault. Le projet a été économiquement possible parce que nous avons reçu le soutien de notre famille pour la location des terres, le prêt familial, etc.. »

Une « culture familiale »

De son côté, Christian avoue qu'il n'avait aucune piste concrète pour la reprise. Son unique mot d’ordre : que la ferme ne parte pas à l’agrandissement. Une ambition partagée par ses fils qui se sont naturellement positionnés comme repreneurs. « J’avais la volonté forte d’avoir une prise sur un projet personnel, explique Thibault. On a grandi dans les histoires de moisson. L’agriculture fait partie de notre culture familiale.» Après une formation agricole pour Thibaut, un temps partiel pour Mathieu pour se consacrer à la ferme et monter les serres, les deux frères fondent la SCEA en avril 2021. « Finalement, avec l’élevage et le maraîchage, nous recréons les schémas de notre grand-père », sourit Mathieu.