À la fin de juillet, la sécheresse a déjà grillé les prairies de la Margeride, pourtant à 1 200 mètres d'altitude. « Nous allons devoir affourager au pré. Chaque jour, nous amenons de l'eau aux vaches, et nous espérons que les anciens captages d'eau potable remis en service pour l'abreuvement suffiront jusqu'à la fin de l'été », lancent Olivier et Yannick Fabre, associés au sein du Gaec Clamens à Bel-Air-Val-d'Ance en Lozère.

Leurs parents produisaient du lait de vache et des agneaux. Pour simplifier le travail, ils ont abandonné les brebis puis remplacé les vaches laitières par des allaitantes. « J'ai pris le relais en 2009 avec 25 aubracs sur 105 ha, tout en travaillant pour un groupement d'employeurs. Et en 2010 j'ai pu louer 45 ha de plus, ce qui m'a permis d'accroître le troupeau et de devenir agriculteur à titre principal », raconte Olivier.

© Frédérique Ehrhard - L'engraissement des porcs en plein air valorise des surfaces que les vaches nutilisaient pas.

Après avoir obtenu un BTS Acse (Analyse, conduite et stratégie de l'entreprise agricole), Yannick a choisi d'aller travailler ailleurs avant de s'installer à son tour. « J'ai été chauffeur routier puis salarié agricole, tout en cherchant des terres. Mais ici ce n'est pas évident ! En 2017, j'ai fini par créer un élevage de porcs en plein air, qui demande peu de foncier », explique-t-il.

En 2018, les deux frères ont saisi l'opportunité d'acheter cent hectares de plus. Mais un problème est venu contrarier leurs projets (voir encadré). « Pour l'instant, nous n'utilisons que la moitié de ces pâtures l'été. Nous avons malgré tout porté l'effectif à 90 mères et agrandi la stabulation. Mais nous devons utiliser une autre estive en complément afin de libérer assez de prairies à faucher », note Olivier.

Animaux bien finis

Sur 23 ha, les deux associés produisent suffisamment de céréales pour alourdir les broutards, finir des génisses et engraisser des porcs. « Nous n'achetons que de la paille et du correcteur azoté », note Yannick. Les broutards et une partie des génisses sont valorisés en vif par la coopérative des éleveurs du Pays Vert, les porcs et les autres génisses en vente directe.

© Frédérique Ehrhard - Le Gaec Clamens propose en direct une gamme de produits à base de viande de bœuf ou de porc.

« Nous avons commencé par faire des colis de viande pour la famille en 2009. Puis notre réseau s'est étoffé par le bouche-à-oreille », note Olivier. L'abattage est fait à Langogne, en Lozère, la découpe et les charcuteries en prestation par un éleveur de la Haute-Loire toute proche. « Il travaille très bien et nous fait des colis sur mesure. C'est une bonne formule qui nous fait gagner du temps », apprécie-t-il.

En 2021, ils ont valorisé 11 génisses et 55 porcs en direct. Six grosses tournées sur le Sud-Est et deux petites sur le massif central ont été nécessaires pour tout livrer. « Nous prenons en charge ces tournées à tour de rôle, en couple. Et Laetitia, la femme d'Olivier, s'occupe des relations avec les clients », précise Yannick.

Des clients fidélisés

Celle-ci annonce les livraisons sur Facebook et par texto. La plupart des clients, fidélisés, commandent sans qu'il soit nécessaire de les appeler.

Pour limiter autant que possible la hausse des coûts, les deux frères ont fait appel aux conseils d'un nutritionniste. Avec des matières premières plus diversifiées, ils ont réussi à maintenir le coût du concentré à 340 €/t, avec une valeur alimentaire et une croissance des animaux bien meilleures. Et grâce aux bons stocks de fourrages de 2021, ils espèrent faire face à la sécheresse de 2022, qui a réduit la première coupe de moitié.

« Nous arrivons à dégager deux revenus. Mais compte tenu de nos annuités, ils restent un peu justes, de même que la trésorerie », relève Yannick. En 2022, la hausse des effectifs devrait commencer à porter ses fruits avec plus d'animaux engraissés. « Nous allons aussi développer l'atelier porcin. Nous n'avons pas assez de viande pour répondre à la demande des particuliers. Et nous comptons également fournir des carcasses aux bouchers, ce qui nécessite moins de travail que la vente directe. Nous tenons à conserver du temps pour la vie de famille ! », affirment les deux frères.