Quand les cuisines autonomes des collèges ont été remplacées par des cuisines centrales, le marché de la restauration collective a failli échapper aux agriculteurs qui les livraient. Les appels d’offre étaient encadrés, les volumes plus importants, les distances plus longues. Alors quelques uns ont fondé l’association Manger Bio Isère, en 2005, pour structurer la filière.

Puis l’association s’est transformée en Scic et a embauché, un à un, une vingtaine de salariés. Elle a rejoint le réseau national Manger Bio, créé en 2010, qui regroupe des initiatives similaires ailleurs dans l’Hexagone. Aujourd’hui, la Scic Manger Bio Isère travaille avec 70 producteurs bio, livre 260 clients professionnels (essentiellement des cantines) et dépasse 5 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Gain de temps

De la simple mise en relation entre producteurs et acheteurs, son rôle s’est étoffé avec le déploiement d’une solution logistique complète. Unique interlocuteur des producteurs comme des acheteurs, Manger Bio Isère répond aux appels d’offre et envoie chaque mercredi les commandes aux producteurs. Eux livrent la plate-forme le jeudi ou le vendredi – ou, si c’est pertinent, livrent directement le client. Tout l’administratif (bons de livraison, facturation…) est géré par la Scic.

C’est ce gain de temps qui a conduit Franck Rousset, il y a huit ans, à rejoindre la Scic dont il est l’actuel président. Eleveur laitier à Chevrière, en Isère, il transforme à la ferme depuis 2001. « Nous fournissions plusieurs magasins de producteurs, mais c’était très chronophage car il faut passer du temps à la vente, raconte-t-il. Manger Bio nous rémunère autant, et nous simplifie le travail. Cela représente désormais 80 % de notre activité et nous avons pu arrêter deux magasins de producteurs. Et comme la Scic commande de plus gros volumes à chaque fois, nous avons réduit notre gamme. » 

Prix rémunérateur

La coopérative passe une convention avec chaque producteur. « Il ne s’agit pas d’un engagement sur des volumes fermes mais d’un contrat de confiance », précise Franck Rousset. Par sécurité, aucun producteur ne livre 100 % de sa production à la Scic, tout comme celle-ci diversifie sa propre clientèle. « Chaque producteur fixe son prix de vente en fonction de son coût de production », précise le producteur, qui vend ses yaourts bio 2,60 €/kg en seaux de 5 kg. Des réunions de filière annuelles permettent de faire le point sur les chiffres, en toute transparence. Au fil de l’année, la Scic construit des offres pour répondre aux différents marchés selon les volumes et prix annoncés par les producteurs. Elle applique une marge oscillant autour de 20 %. « On vend un produit, pas un prix, insiste Franck Rousset. Et ce n’est pas forcément le moins-disant qui gagne les marchés ! »

L’outil est aux mains des producteurs, dont le collège est majoritaire. Leurs valeurs sont donc au cœur de la politique RSE adoptée en 2021. « Nous avons deux buts : rémunérer les producteurs et développer la bio en la rendant plus accessible, précise Franck Rousset. C’est pour cela que la restauration collective reste notre cœur de métier. On touche ainsi des enfants de tous les milieux. On travaille les menus avec les gestionnaires et les diététiciens, on propose des alternatives quand le budget coince… Cinq crèches sont passées de zéro bio à 100 % bio à budget constant ! »

Depuis cinq ans, la Scic a aussi développé des débouchés en restauration commerciale, magasins et épiceries bio. Pour ces clients, acheteurs de petits volumes, elle recourt à la société grenobloise Toutenvélo qui livre à bicyclette.