«Mes betteraves sont semées depuis dix jours, avec des adventices au stade filament dans la parcelle. Faut-il désherber ? » En un clic sur son smartphone, Olivier Forest, agriculteur à Iffendic, envoie un message avec une photo aux douze autres producteurs de son groupe culture sur WhatsApp. « Créé il y a un peu plus d’un an, le groupe fonctionne très bien, poursuit le producteur laitier, qui adhère au Ceta 35 depuis son installation, en 2008. Comme nous sommes tous dans la même zone géographique, nous échangeons beaucoup sur les maladies, le prix de vente des céréales… Chacun donne rapidement son avis. C’est devenu un outil d’aide à la décision. Il est encore plus utile depuis que les réunions collectives ont été stoppées. »

Un temps d’avance

Habituellement, les agriculteurs se retrouvent régulièrement pour se former et adapter leurs pratiques. Confinement oblige, intervenant au printemps, les rendez-vous « bout de champs » sur le terrain se sont transformés en formation numérique à distance, seul devant son ordinateur. « Photos avec quizz sur la reconnaissance des mauvaises herbes, vidéo d’un profil de sol…, indique Olivier. L’outil était facile à prendre en main. J’y ai trouvé de l’information, des conseils. J’ai été agréablement surpris. » Il n’est pas le seul à le penser. Les deux tiers des adhérents (plus de trois cents) se sont connectés avec des retours très positifs.

À l’annonce des restrictions de circulation, deux solutions s’offraient au Ceta : reporter toutes les réunions ou s’adapter. « Gestion des fourrages de printemps, conduite agronomique, itinéraire technique… En pleins travaux des champs, la continuité est capitale, estime Hélène Descloux, directrice de la fédération des Ceta 35. Les agriculteurs ont besoin d’être accompagnés, surtout lorsqu’ils sont dans une dynamique d’évolution de leurs pratiques. Depuis deux ans, nous testons des formations numériques en complément des journées en présentiel, pour gagner en efficacité avec des adhérents qui sont de moins en moins disponibles. Ce temps d’avance nous a permis une grande réactivité. »

Production de contenu

La directrice s’appuie sur le retour d’expérience d’un groupe d’agriculteurs geeks et le soutien de Vivea. Outre l’envoi du bulletin technique chaque semaine par mail, l’équipe des salariés s’est mobilisée pour produire du contenu (lire l’encadré). Le prochain challenge, d’ici fin mai, c’est l’organisation de vingt-six classes virtuelles en visioconférence avec l’outil Zoom, à la place des Journées lait. « C’est une première à si grande échelle », souligne Hélène Descloux. L’assemblée générale se fera également sur le même modèle.

« Nous aussi, nous pouvons utiliser les outils du télétravail ! À l’avenir, nous allons nous en servir notamment pendant les périodes de gros travaux, mais sans tomber dans le travers du tout numérique, conclut Olivier. La force du Ceta, c’est aussi le contact humain et la convivialité. » Isabelle Lejas