Quand Mickaël Meyrueix et sa femme Nathalie Brunel-Meyrueix ont commencé à engraisser des vaches, c’était pour approvisionner leur table d’hôtes. « Nous vendions quelques caissettes en complément à des particuliers autour de Montpellier, dans l’Hérault. Nous avons vite constaté qu’en ville, il y avait de la demande pour de la viande de qualité achetée en direct. En 2020, malgré la Covid, nous avons ainsi commercialisé sept vaches en trois livraisons à Montpellier, et deux à Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme », racontent les éleveurs. Installés à Saint-Étienne-du-Valdonnez, en Lozère, ils s’occupent aujourd’hui de 70 limousines. Lorsque le couple a créé le Gaec des Mehnirs, en 2013, Mickaël s’occupait de 45 limousines et Nathalie de 250 brebis blanches du Massif central. L’été, quand les ovins montaient sur le mont Lozère, elle se consacrait à l’accueil de randonneurs.

 

À la table d’hôtes, Nathalie propose, sur réservation, une cuisine familiale qui permet aux randonneurs de découvrir les viandes de la ferme. © Gaec des Menhirs
À la table d’hôtes, Nathalie propose, sur réservation, une cuisine familiale qui permet aux randonneurs de découvrir les viandes de la ferme. © Gaec des Menhirs

Commandes groupées

L’arrivée du loup a remis cet équilibre en cause. « En 2011, nous avons subi une première attaque, avec 26 brebis tuées. La présence du loup n’était pas encore reconnue. Nous avons dû batailler avec les assurances pour être indemnisés », se souvient la jeune femme. En 2012, les éleveurs en perdent à nouveau 36. L’été suivant, ils rentrent le troupeau la nuit en bergerie. « Nous passions parfois la soirée à chercher les bêtes, après avoir assuré le repas à la table d’hôtes. Cela devenait un souci permanent », raconte Nathalie. En 2014, elle se résout à vendre son troupeau, pourtant bien valorisé grâce à la filière Agneau de Lozère Elovel. Les exploitants ne baissent pas les bras. Ils augmentent peu à peu le nombre de limousines, tout en développant la vente directe. Pour trouver des débouchés, ils doivent faire des kilomètres. « Mickaël a une sœur à Montpellier et deux cousines à Clermont-Ferrand, qui ont un bon réseau d’amis. Elles groupent les commandes pour nous », précise Nathalie, qui anime une page Facebook et un compte Instagram pour garder le contact avec ses clients.

À 1 200 mètres d’altitude, le Gaec cultive du seigle et des prairies multi-espèces, et utilise de vastes parcours sur les contreforts du mont Lozère. © F. Ehrhard
À 1 200 mètres d’altitude, le Gaec cultive du seigle et des prairies multi-espèces, et utilise de vastes parcours sur les contreforts du mont Lozère. © F. Ehrhard

 

Toutes les réformes, génisses ou vaches, sont mises à l’engraissement. « Nous en avons toujours trois ou quatre en finition, poursuit-elle. Nous choisissons les plus jeunes pour la vente directe et vendons les autres à un négociant. » L’abattage se fait à Marvejols. Après deux semaines de maturation, les carcasses sont découpées en prestation chez des voisins. Ceux-ci leur préparent aussi des steaks hachés et des merguez. « Nous fixons nos dates de livraison à l’avance, pour nous caler avec leur planning », note l’éleveuse. Pour les déplacements, le Gaec utilise une bétaillère et un fourgon frigo en Cuma. « Une fois tous les frais déduits, nous améliorons la valeur ajoutée de 500 euros par vache », souligne Mickaël.

Accueil saisonnier

Le gîte d’étape, les chambres et la table d’hôtes de La Fage ouvrent de Pâques à la Toussaint. « En 2020, après le premier confinement, nous avons eu peu de monde. Mais heureusement, nous avons bien travaillé ensuite, même s’il a fallu réduire la capacité d’accueil pour respecter la distanciation », indique Nathalie. Pour ce printemps, les réservations ne se bousculent pas. « Les marcheurs vont se décider au dernier moment. Nous serons prêts à les accueillir ! », lance-t-elle.

La situation économique du couple s’est améliorée, mais doit être confortée, d’autant qu’en 2017 les éleveurs ont dû investir dans une nouvelle stabulation pour loger toutes les vaches sous le même toit. « Aujourd’hui, le cours des broutards baisse, alors que celui des céréales et de la paille grimpe. Étant dans une zone Natura 2000 qui a été sanctuarisée, nous n’avons pas le droit de défricher. C’est vraiment dommage. Avec seulement 10 à 15 ha de plus, nous réduirions nos achats », estime Mickaël. Au niveau du troupeau, la sélection commence à porter ses fruits. « En 2020, nous avons vendu quelques reproducteurs », apprécie-t-il. De son côté, Nathalie va étoffer la communication, afin de mieux faire connaître les chambres d’hôtes. Quant à la vente directe, elle devrait encore progresser : « Les clients que nous avons livrés en mars étaient déjà impatients de voir arriver les caissettes pour les grillades ! »

Frédérique Ehrhard